Douze jours après l’annonce solennelle du président Félix Tshisekedi, le dialogue national peine encore à prendre forme. Dans une déclaration particulièrement critique, l’opposant congolais et ancien député national Claudel André Lubaya estime que l’initiative s’enlise déjà dans une impasse, dénonçant des contours flous, des objectifs évasifs et l’absence de calendrier.
« Douze jours après l’annonce solennelle du président Tshisekedi, son dialogue national produit beaucoup de bruit, mais toujours aucune lumière », écrit Claudel André Lubaya. Selon lui, l’initiative apparaît « déjà comme mort-née », voire comme « un exercice de communication de crise mal maîtrisé ».
L’ancien député national déplore notamment l’absence de précisions sur les contours et la méthode du processus. Il estime que les explications avancées par les relais du pouvoir sur les plateaux de télévision ne parviennent pas à dissiper les interrogations autour de cette initiative.
« Ses contours restent flous, ses objectifs évasifs et son calendrier introuvable », affirme-t-il, considérant que les incohérences qui entourent le dialogue ne font que « nourrir davantage la méfiance ».
L’exclusion au cœur des critiques
Pour Claudel André Lubaya, la principale contradiction du dialogue réside dans son caractère qu’il juge insuffisamment inclusif. Il rappelle que le pouvoir avait initialement annoncé l’exclusion des groupes armés, notamment l’AFC/M23, au motif que le processus de Doha devait prendre en charge cette question.
Mais, selon lui, le périmètre de l’exclusion s’est depuis élargi aux Églises catholique et protestante, qu’il présente comme « des voix majeures de la conscience nationale » et des porteuses du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.
« À force de vouloir tout décider seul, le pouvoir a fini par enfermer son propre dialogue dans l’impasse », écrit-il, estimant que les oppositions et l’incapacité à mettre en place un comité d’organisation qu’il qualifie d’inclusif et représentatif ont contribué à bloquer le processus.
Pour l’opposant, ces difficultés expliqueraient les hésitations actuelles et l’absence, jusqu’ici, d’une existence formelle du dialogue pourtant annoncé.
« Vouloir la paix sans parler aux belligérants »
Claudel André Lubaya s’interroge également sur la cohérence entre les objectifs affichés par le pouvoir et les acteurs exclus du processus. Il estime que vouloir pacifier le pays, restaurer l’autorité de l’État et rétablir la cohésion nationale tout en écartant les protagonistes de la guerre constitue une contradiction majeure.
« Comment prétendre éteindre un incendie sans parler à ceux qui tiennent les torches ? », interroge-t-il. Il remet également en cause la crédibilité d’un processus de paix qui ne réunirait pas autour d’une même table les principaux protagonistes du conflit.
L’ancien député rejette par ailleurs l’argument du pouvoir selon lequel le processus de Doha justifierait l’exclusion de l’AFC/M23 du dialogue national. Il affirme que ce processus n’a, jusqu’ici, « ni abouti à un cessez-le-feu, ni mis fin aux combats, ni débouché sur un règlement politique global ».
Selon lui, invoquer Doha pour justifier l’exclusion reviendrait à « ériger l’échec d’un processus en justification des insuffisances d’un autre ».
Il considère ainsi qu’assigner au dialogue national l’objectif de mettre fin à la guerre tout en lui interdisant de traiter avec ses acteurs directs relève « au mieux, de la cécité politique et, au pire, du sabotage délibéré ».
Une accusation directe contre Tshisekedi
Dans la suite de sa déclaration, Claudel André Lubaya porte une accusation plus directement politique contre le président Félix Tshisekedi. Il estime que la logique actuelle du dialogue ne permettrait pas de construire une véritable sortie de crise.
« En prétendant rassembler la Nation par l’exclusion, Félix Tshisekedi ne trace pas un chemin vers la paix : il construit une impasse dont il espère, à tort, tirer profit », écrit-il.
L’opposant affirme également que la guerre serait devenue « un fonds de commerce politique », servant, selon lui, à « justifier les dépenses hors contrôle » et à « préparer les esprits à la non-tenue des élections dans les délais ».
Il qualifie cette démarche de « stratégie de conservation du pouvoir par la crise », tout en estimant qu’elle aurait également ses limites.
« L’instinct de conservation du pouvoir » dénoncé
Dans sa conclusion, Claudel André Lubaya durcit encore le ton. Il accuse le chef de l’État de privilégier, selon lui, la conservation du pouvoir au détriment de la recherche de la paix.
« Par ses manœuvres dilatoires, Tshisekedi démontre que, pour lui, l’instinct de conservation du pouvoir l’emporte sur l’urgence de sauver le Congo », affirme-t-il.
Il estime que la conduite du président alimente les doutes sur sa volonté réelle d’aller vers la paix et accuse Félix Tshisekedi d’avoir fait « le choix de la guerre, de la balkanisation et de la perpétuation de la crise multiforme qui secoue le pays ».
« C’est lui l’agent incubateur de la crise », poursuit-il, avant d’affirmer que les processus de paix « s’enlisent, se chevauchent et se neutralisent », tandis que la sortie de crise resterait, selon lui, « le cadet de ses soucis ».
Claudel André Lubaya prévient enfin ceux qui continuent d’attendre du chef de l’État une issue par la paix ou le dialogue : « ils risquent de cruelles désillusions ».
« À ce jour, rien dans sa conduite ne permet de croire qu’il soit prêt à emprunter cette voie. Il ne le sera peut-être jamais. D’où l’impasse. Mais jusqu’à quand ? », conclut l’opposant congolais.
Keno M.
