Le ministre de la Santé publique, Dr Roger Kamba, a présidé, vendredi 4 septembre 2026 à Kinshasa, la réunion consacrée à la présentation du Plan de préparation et de réponse « Une Santé » à la 17éme épidémie de maladie à virus Ebola, ainsi qu’à la présentation des engagements des partenaires techniques et financiers.
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par une propagation rapide de l’épidémie, désormais présente dans six provinces et 60 zones de santé, avec plus de 6.000 personnes affectées et plus de 3.000 décès, selon les chiffres communiqués lors de la réunion.
Le nouveau plan, prévu sur six mois, traduit la volonté des autorités congolaises et de leurs partenaires d’adapter la riposte à l’évolution de l’épidémie, tout en renforçant la continuité des soins, l’action humanitaire et les capacités du système de santé.

Une épidémie plus rapide que prévu
Revenant sur le déclenchement de la flambée, Roger Kamba a indiqué avoir été alerté le 14 mai 2026, après l’analyse d’échantillons provenant de Bunia.
Les travaux de séquençage réalisés durant la nuit ont permis d’identifier le virus responsable. La RDC venait alors de sortir d’une précédente épidémie d’Ebola dans le Kasaï, maîtrisée en quelques semaines. Les autorités avaient donc initialement envisagé une évolution similaire.
Mais la réalité sur le terrain s’est révélée différente.
L’épidémie a progressé rapidement malgré la mobilisation précoce des équipes. Après sa déclaration officielle le 15 mai 2026, les autorités et leurs partenaires étaient déjà sur le terrain deux jours plus tard.
Pour le ministre, cette évolution soulève encore plusieurs questions scientifiques. Il a notamment appelé les chercheurs à déterminer quelle part revient au virus lui-même et quelle part revient au contexte dans lequel il circule.
Des symptômes parfois difficiles à reconnaître
Dr Roger Kamba a également insisté sur la particularité des manifestations cliniques observées au cours de cette flambée.
De nombreux patients présentent de la fièvre, des maux de tête, des douleurs abdominales, des vomissements et des diarrhées. Les saignements, généralement associés à Ebola, semblent beaucoup moins fréquents.
Cette symptomatologie moins spectaculaire peut contribuer à une circulation silencieuse du virus dans les communautés. Des personnes peuvent ainsi être contaminées, voire guérir, sans avoir été identifiées par les équipes de riposte.
Pour le ministre, cette hypothèse pourrait contribuer à expliquer la rapidité de propagation de l’épidémie et remettre en question l’interprétation du taux de létalité actuellement communiqué.
L’Ituri, épicentre d’une crise aux multiples facteurs
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, dans un environnement marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et les besoins humanitaires.
L’activité minière constitue également un facteur important de mobilité. Mongwalu, notamment, est au cœur de cette dynamique. Les déplacements fréquents de travailleurs et d’autres populations peuvent favoriser la diffusion du virus vers des zones éloignées de l’épicentre.
Le Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, Damien Mama, a souligné que la flambée évolue dans un contexte où se superposent plusieurs crises : insécurité physique, déplacements, insécurité alimentaire, malnutrition, fragilité des services de santé et besoins humanitaires touchant plusieurs millions de personnes.
Il a salué la place accordée à la continuité des soins et aux considérations humanitaires dans le nouveau plan.
L’OMS appelle à une solidarité durable
La représentante de l’OMS en RDC, Dr Anne Ancia, a, pour sa part, appelé à une mobilisation collective et durable.
Elle a rendu hommage aux professionnels de santé qui continuent de travailler dans des conditions difficiles, parfois au péril de leur vie.
Pour l’OMS, toutes les chaînes de transmission ne sont pas encore maîtrisées. Des décès continuent de survenir dans les communautés et certains nouveaux cas ne sont pas toujours reliés à un cas confirmé.
La riposte doit donc être rapprochée des populations, notamment dans les quartiers de Bunia, les camps de déplacés de Nizi et de la plaine de Savo, ainsi que dans les communautés minières de Mongwalu, Nyanya et PK 51.
La représentante de l’OMS a également indiqué que les études génomiques évoquées par le professeur Jean-Jacques Muyembe n’apportaient pas, à ce stade, de preuve d’une mutation du virus permettant d’expliquer à elle seule la rapidité de sa propagation.
1,3 milliard de dollars pour six mois
L’un des principaux enjeux du nouveau plan reste son financement.
Le premier plan, établi sur trois mois, évaluait les besoins à environ 240 millions de dollars américains. Face à l’évolution de la situation, les autorités ont désormais établi un plan couvrant six mois, avec des besoins estimés à 1,3 milliard de dollars américains.
Dr Roger Kamba insiste cependant sur la nécessité de traduire les annonces financières en moyens concrets sur le terrain.
Le ministre rapporte que des prestataires de santé se demandent parfois où sont les millions annoncés lorsqu’ils continuent à manquer d’équipements de protection individuelle, de médicaments ou de capacités de prise en charge.
Pour lui, la transparence est indispensable afin d’éviter un décalage entre la communication officielle et la réalité vécue dans les zones affectées.
La communication fait partie de la riposte
Le ministre estime que les réseaux sociaux et la communication publique constituent désormais une composante à part entière de la réponse à l’épidémie.
Il appelle notamment à une présentation plus précise de la situation géographique.
Si six provinces sont touchées, toutes leurs zones de santé ne connaissent pas nécessairement le même niveau de transmission. Certaines zones commencent déjà à sortir progressivement de l’épidémie.
Présenter indistinctement des provinces entières comme étant en situation critique peut, selon lui, provoquer une inquiétude excessive, affecter les déplacements et même compliquer le déploiement des équipes et des moyens de transport.
L’objectif est donc de fournir une information précise, afin que la communication contribue à la riposte plutôt qu’elle ne la pénalise.
Africa CDC réaffirme l’engagement des partenaires
Au nom des partenaires techniques et financiers, le directeur pays d’Africa CDC, Dr Hyppolite Kalambay Ntembwa, a réaffirmé leur engagement à accompagner le gouvernement congolais.
Il a salué le leadership du ministère de la Santé et insisté sur la nécessité de renforcer la coordination afin d’éviter les duplications, de maximiser l’impact des ressources et d’améliorer la redevabilité.
Les partenaires se sont engagés à consolider les mécanismes de collaboration avec les autorités et à placer les communautés au cœur de la riposte.
L’objectif est également de restaurer les services essentiels et de renforcer durablement les systèmes de santé locaux.
Une riposte multisectorielle pour renforcer le système de santé
Au-delà de la lutte immédiate contre Ebola, les autorités et leurs partenaires veulent inscrire cette réponse dans une perspective de renforcement du système de santé.
L’OMS appelle à maintenir la continuité des soins, à renforcer les capacités nationales et à assurer une préparation plus efficace aux futures urgences sanitaires.
Le gouvernement s’engage notamment à faciliter les procédures administratives et douanières pour permettre l’entrée rapide des équipements nécessaires à la riposte.
Le plan, adopté par le Conseil des ministres et validé avec les partenaires, doit désormais constituer le cadre commun d’action pour les six prochains mois.
Un engagement collectif pour mettre fin à l’épidémie
Pour les différents intervenants, la réussite de cette nouvelle phase dépendra de la coordination entre le gouvernement, les autorités provinciales, les partenaires techniques et financiers, les organisations humanitaires, les professionnels de santé et les communautés.
L’ambition est de rompre les chaînes de transmission, sauver des vies, protéger les populations vulnérables et maintenir les services essentiels.
Face à cette épidémie, un constat revient dans les différentes interventions : aucun acteur ne peut gagner seul. La solidarité, la transparence, la coordination et une communication précise devront être au cœur de la riposte.
Zacharie M. Mikounga
