Le Vice-Premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito, a poursuivi jeudi 03 septembre 2026, la deuxième journée des consultations budgétaires consacrées à l’élaboration de l’avant-projet de loi de finances pour l’exercice 2027.
Accompagné du vice-ministre Élysé Bokumwana, du directeur de cabinet adjoint chargé de l’administration et des finances, le professeur Jean Marie Liesse, ainsi que du directeur général de la politique et de la programmation budgétaire, Rolly Lengo, il a échangé avec plusieurs ministres sectoriels et secrétaires généraux venus défendre leurs priorités.
Au centre des discussions : les demandes de réajustement des crédits alloués aux différentes administrations et la nécessité de concilier les ambitions de réforme des secteurs avec les contraintes du cadre budgétaire et les ressources réellement disponibles de l’État.
Les Affaires foncières plaident pour davantage de moyens
La ministre des Affaires foncières, O’Neige Nsele, a notamment plaidé pour un relèvement des allocations budgétaires de son ministère afin d’accompagner la mise en œuvre du Plan foncier national, attendu prochainement en Conseil des ministres.
Les priorités présentées concernent notamment la modernisation des circonscriptions foncières, la numérisation des services, le contrôle des assujettis et le renforcement de la transparence dans la mobilisation des recettes.

« Ça, c’est la deuxième séance des travaux intensifs que nous avons eus avec le Vice-Premier ministre et ministre du Budget. En rapport avec les ambitions et la feuille de route du ministère des Affaires foncières, couchée dans le plan foncier national à adopter en Conseil des ministres, nous avons voulu rehausser les crédits, les allocations prévues. D’ailleurs, je sais que les premières assignations étaient très faibles », a déclaré O’Neige Nsele.
Selon elle, les premiers travaux avec les équipes du ministère du Budget ramenaient les allocations au cadre budgétaire à moyen terme. Les discussions ont cependant permis, a-t-elle expliqué, de dépasser ce plafond et d’augmenter les assignations du ministère.
« Puisque nous sommes un service d’assiette, en termes de recettes, donc, plus de transparence dans la collecte des recettes à travers les circonscriptions foncières, mais également des crédits qui nous permettront de parfaire les réformes en vue justement d’atteindre ces assignations », a-t-elle poursuivi.
La ministre estime ainsi que l’augmentation des crédits doit permettre d’accompagner les réformes visant davantage de transparence, la numérisation et le contrôle des assujettis, en collaboration avec le ministère des Finances à travers la DGRAD.
Postes et Télécommunications : investir pour accroître les recettes
Même démarche du côté du ministère des Postes et Télécommunications, dirigé par José Panda. Le secteur a également sollicité davantage de crédits, en mettant en avant les performances enregistrées dans la mobilisation des recettes au cours de l’exercice 2026.
« Je rappelle que nous sommes le ministère des Postes et télécommunications, un ministère d’assiette, c’est-à-dire que nous mobilisons assez de moyens. Nous avons été voir le VPM avec son équipe pour solliciter un peu plus de crédits », a expliqué José Panda.
Le ministre a estimé que les crédits accordés lors de la conférence budgétaire ne permettaient pas de disposer de moyens suffisants. Il a notamment relevé que, pour les trois premiers trimestres de 2026, les recettes mobilisées avaient dépassé les assignations fixées.

« Nous nous disons que si aujourd’hui notre budget qui nous avait été accordé à 28 millions simplement, si on arrivait à aller au montant qu’on a sollicité, nous pouvons carrément doubler les recettes de l’État », a-t-il assuré.
Parmi les priorités présentées figurent l’investissement dans les infrastructures de télécommunications, le déploiement et le renforcement des services en provinces ainsi que l’amélioration des conditions de travail des agents.
José Panda a également évoqué la question des rétrocessions dues aux services mobilisateurs, considérées comme un facteur important de motivation dans la mobilisation des recettes.
Le ministre a insisté sur la nécessité pour l’État d’investir dans les infrastructures de télécommunication, notamment la fibre optique, les satellites et les antennes.
« L’État congolais doit investir dans ces infrastructures pour que les services, c’est-à-dire la numérisation, la digitalisation, viennent travailler au-dessus des infrastructures », a-t-il expliqué.
Pour lui, l’amélioration des infrastructures constitue une réforme prioritaire afin de répondre notamment aux problèmes de qualité des services de communication.
Il a également plaidé pour le renforcement des administrations provinciales du secteur. Selon lui, les recettes actuellement mobilisées au-delà des assignations proviennent essentiellement de Kinshasa, alors que les provinces disposent également d’un potentiel important.
Hydraulique et Électricité : des investissements jugés nécessaires
Le secteur de l’Hydraulique et de l’Électricité, représenté par son secrétaire général Alfred Loboko, a, pour sa part, insisté sur le caractère stratégique et transversal de ses missions.
La desserte en eau potable et en électricité nécessite, selon les responsables du secteur, des investissements conséquents afin de répondre aux besoins quotidiens de la population et aux exigences du développement économique.
Emploi et Travail : poursuivre les réformes
Les discussions ont également porté sur les besoins du ministère de l’Emploi et du Travail. Les responsables du secteur ont défendu la poursuite des réformes engagées, notamment la modernisation de l’Inspection générale du travail, la digitalisation des services et la construction de centres de formation professionnelle dans plusieurs provinces.
Avec un taux de réalisation budgétaire évalué à 64 % à ce stade, le ministère ambitionne d’améliorer davantage ses performances d’ici à la fin de l’exercice et de disposer des moyens nécessaires à la concrétisation de ses réformes.
« Nous avons été bien reçus par le VPM du Budget. Nous sommes allés dans la commission, nous avons eu des observations. C’est un budget, on ne peut pas tout donner, mais j’apprécie beaucoup la compétence du ministère et des équipes », a déclaré le ministre de l’Emploi et du Travail, Ferdinand Massamba.
Il a souligné la volonté de poursuivre les réformes à l’Inspection générale du travail ainsi que la construction de centres de formation professionnelle, notamment dans le Tanganyika, le Kasaï oriental et le Kwango.
La digitalisation des services figure également parmi les priorités, avec notamment la mise en place de plateformes destinées à faciliter aux travailleurs la dénonciation des abus et mauvais traitements dans les entreprises.
Le ministre a aussi évoqué la poursuite de la réforme de la plateforme Vigile Travail, destinée à permettre aux travailleurs de s’intégrer et de donner leurs avis, notamment afin de mieux cibler les contrôles de l’Inspection générale du travail.
Ferdinand Massamba espère que le taux de réalisation budgétaire de son ministère pourra atteindre 80 % à la fin de l’année.
Défense : le plaidoyer pour les anciens combattants
Le ministre délégué chargé de la Défense et des Anciens combattants, Eliezer Ntambwe, a présenté comme priorités le désarmement, la démobilisation et la réinsertion, ainsi que l’amélioration de la prise en charge des anciens combattants.
Le secteur plaide notamment pour une meilleure couverture médicale et sociale de ceux qui ont servi la nation sous les drapeaux.
« Nous avons présenté comme priorité le secteur de désarmement, de mobilisation et de réinsertion. Mais également la prise en compte, c’est pas l’honneur qu’il faut aux anciens combattants, parce que leurs conditions de vie actuellement ne représentent pas leurs sacrifices », a-t-il déclaré.
Selon lui, la question de l’honneur accordé aux anciens combattants doit notamment passer par leur prise en charge médicale et l’amélioration de leurs conditions de vie.
Eliezer Ntambwe a indiqué attendre du gouvernement une bonne compréhension et l’acceptation des propositions budgétaires avant leur transmission à l’autorité budgétaire, le Parlement.
Communication : moderniser la télévision nationale
Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a également pris part à cette deuxième journée d’arbitrages. Il a présenté cette étape comme un exercice faisant suite à la conférence budgétaire, au cours de laquelle son ministère avait exposé ses besoins liés au personnel, aux investissements et aux actions de communication.
« Nous avons vu ce qui nous a été réservé. Évidemment, connaissant les contraintes du pays, nous saluons les efforts qui ont été faits pour prendre en charge déjà les besoins principaux », a-t-il déclaré.
Le ministre a indiqué que les équipes techniques devraient continuer à travailler afin de permettre d’éventuels arbitrages sur certains besoins.
Parmi les principales priorités figure la modernisation de la télévision nationale, à Kinshasa comme dans les 26 provinces du pays. Cette modernisation nécessite notamment la construction et la réhabilitation des bâtiments ainsi que l’acquisition d’équipements audiovisuels et de caméras.
Patrick Muyaya a reconnu les contraintes budgétaires auxquelles l’État est confronté, tout en soulignant que les priorités de son ministère sont comprises par les équipes du Budget.
« Nous essayerons d’adapter nos besoins en fonction des ressources disponibles. Évidemment, lorsque des besoins se présenteront, nous pourrons revenir ici, ou peut-être solliciter un arbitrage plus haut pour voir dans quelle mesure un effort supplémentaire peut être fait pour ces secteurs stratégiques actuellement », a-t-il ajouté.
Autre enjeu présenté par le ministère : la lutte contre la désinformation et les dérives sur les réseaux sociaux. Le département souhaite mettre en place une campagne permanente de sensibilisation, notamment en direction des jeunes, face à la recrudescence des insultes, attaques personnelles et autres contenus problématiques en ligne.
Genre et Intérieur : les priorités sectorielles examinées
La ministre du Genre, Michelle Ombae Kalama, a rappelé que l’exercice budgétaire permet aux différents secteurs de confronter leurs priorités politiques aux réalités techniques et financières.
Son ministère avait préalablement travaillé avec les techniciens afin de présenter ses besoins et ses orientations pour l’exercice 2027.
Elle a salué la réceptivité du Vice-Premier ministre du Budget et de ses équipes, tout en attendant la conclusion des travaux techniques et les résultats définitifs des arbitrages sur les différentes requêtes formulées.
Les secrétaires généraux des secteurs relevant du ministère de l’Intérieur ont également pris part aux consultations.
Collette Mata, secrétaire générale chargée des Réformes institutionnelles et des Relations avec les partis politiques, a salué les échanges avec les techniciens du Budget, tout en relevant que certaines rubriques budgétaires nécessitent encore des améliorations.
Les délégations concernées attendent désormais la suite du processus avant la transmission des documents aux instances compétentes.
De son côté, Augustin Mungimi, secrétaire général aux Affaires coutumières, a porté le plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en charge des autorités coutumières.
Il a rappelé que la RDC compte des dizaines de milliers de villages administrés par des chefs coutumiers, dont plusieurs milliers de chefs de groupement exercent également des responsabilités reconnues par l’État.
La question de leur rémunération et de leur prise en charge figure ainsi parmi les préoccupations soumises aux équipes du ministère du Budget. Selon lui, une note positive a été enregistrée quant à la prise en compte de ce plaidoyer dans la suite des arbitrages.
Agriculture : des allocations envisagées à 2 400 milliards de francs congolais
Le ministre de l’Agriculture, Mohindo Nzangi, s’est réjoui du climat des discussions avec le ministère du Budget et du relèvement des allocations envisagées pour son secteur.
Selon lui, les crédits proposés pourraient atteindre 2 400 milliards de francs congolais, soit environ 1,1 milliard de dollars américains, afin de financer le secteur agricole et soutenir la vision du Chef de l’État visant notamment la valorisation du potentiel agricole national.
Le ministre a également rappelé les engagements pris dans le cadre du protocole de Maputo, qui recommande aux États africains de consacrer une part importante de leurs ressources publiques au développement de l’agriculture.

Économie numérique : des moyens supplémentaires sollicités
Le ministère de l’Économie numérique a, à son tour, insisté sur la nécessité d’améliorer les allocations destinées à ce secteur considéré comme stratégique pour l’avenir de l’administration publique et de l’économie nationale.
Le conseiller financier du ministère, Léon Teganyi, a notamment plaidé pour une meilleure prise en compte des attributions du ministère dans la détermination de son enveloppe budgétaire.
Selon lui, l’Économie numérique est appelée à jouer un rôle majeur dans la digitalisation des services de l’État et dans la modernisation de l’économie congolaise. D’où la nécessité, a-t-il estimé, de doter ce ministère de moyens suffisants pour remplir efficacement ses missions.
À l’issue de cette deuxième journée, les différentes délégations ont salué l’écoute et la disponibilité du Vice-Premier ministre du Budget et de ses équipes. Les responsables sectoriels reconnaissent toutefois que les arbitrages restent soumis aux contraintes du cadrage budgétaire global.
Ces consultations constituent une étape dans le processus de préparation du budget 2027. Les propositions issues des différents arbitrages devront être consolidées avant la finalisation de l’avant-projet de loi de finances et sa transmission aux instances compétentes.
Tenplar Ngwadi
