Le parti Envol de Delly Sesanga a pris connaissance de la déclaration du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, faisant état de sa disponibilité à l’ouverture d’un dialogue politique interne assorti de conditions préalables qu’il a définies unilatéralement.
L’Envol à travers un communiqué rendu public le 3 février 2026 et signé par son porte-parole Jocelyne Dena, prenant en compte la gravité de la situation politique, sécuritaire et humanitaire de la République Démocratique du Congo, exprime de profondes réserves, tant sur le fond que sur la méthode, face à une telle approche, qui soulève de sérieuses interrogations quant à la sincérité, à l’équité et à l’utilité réelle d’un dialogue ainsi conçu.
Par nature, un dialogue politique authentique repose sur la liberté de participation, l’égalité des parties et la reconnaissance mutuelle des acteurs. Le subordonner à des conditions arrêtées unilatéralement par une seule partie revient à en altérer l’esprit et à le réduire à un exercice de communication encadré, éloigné d’une véritable concertation nationale. Le dialogue n’a de sens que s’il contribue à mettre fin à la guerre et à restaurer la confiance en interne pour conforter les Institutions autour de la cohésion nationale.
L’Envol réaffirme son attachement indéfectible à la Constitution et à l’État de droit. Toutefois, l’invocation du respect de l’ordre constitutionnel ne saurait servir de fondement à l’exclusion anticipée de voix critiques ou dissidentes. Ni la Constitution, ni aucune autre loi de la République n’instituent le dialogue politique ni n’en désignent l’animateur. Le dialogue inclusif est un acte de responsabilité politique qui a vocation à rassembler l’ensemble des parties prenantes de la vie publique nationale, afin d’aborder sereinement les problèmes du pays et de rechercher une issue durable à la crise, dans un esprit de concorde et de cohésion nationales.
Dans un contexte marqué par une crise persistante de confiance politique, un affaiblissement du crédit des institutions, des tensions sociales accrues et des fractures politiques profondes, la légitimité électorale, aussi essentielle soit-elle, ne peut suffire à elle seule à clore toute discussion nationale. L’invocation d’un vernis institutionnel ne saurait masquer l’ampleur de la crise globale qui affecte la Nation. Un dialogue crédible ne peut dès lors être conçu comme un mécanisme de validation du statu quo, mais comme un cadre permettant, de manière inclusive, de traiter les causes structurelles des tensions actuelles.
L’Envol met en garde contre les dialogues de circonstance, utilisés comme des outils conjoncturels destinés à désamorcer des pressions internes ou externes, de renforcer un pouvoir, sans volonté réelle de réforme ni remise en question des pratiques de gouvernance. Ceux qui invoquent la légitimité des institutions pour restreindre le dialogue s’enferment dans un déni politique, des lors qu’à l’horizon de 2028, aucune institution ne saurait durablement prospérer sur le terrain de la légitimité en dehors du renouvellement démocratique issu des élections.
Pour être véritablement national, utile et porteur de solutions durables, tout dialogue politique interne doit impérativement reposer sur une définition concertée de son cadre, de ses objectifs et de ses modalités !une inclusivité réelle, excluant toute mise à l’écart arbitraire d’acteurs politiques ou sociaux ; des garanties crédibles d’indépendance, tant dans la facilitation que dans le suivi des conclusions et un engagement clair de mise en œuvre des recommandations issues du dialogue.
En l’état, l’Envol considère que la proposition de dialogue politique « sous conditions » ne répond ni aux exigences démocratiques, ni aux attentes légitimes du peuple congolais. L’Envol demeure néanmoins disponible pour toute initiative de dialogue sincère, inclusif et équilibré, fondée sur le respect mutuel des acteurs et orientée vers des réformes substantielles, au service de la Nation et non d’intérêts partisans.
La Gazette du Continent
