Quatre agents identifiés, de la Division provinciale de la santé (DPS) ont été brûlés vifs, lundi 6 octobre 2025, dans le territoire d’Isangi, après avoir été accusés à tort par une foule d’être impliqués dans un prétendu phénomène d’« atrophie mystique du sexe masculin ».
C’est une vague de violences d’une rare cruauté qui a secoué la province de la Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo.
Ces professionnels, en mission officielle d’évaluation d’une campagne de vaccination, ont été attaqués dans un climat de panique nourri par des rumeurs virales sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où circulent depuis plusieurs semaines des témoignages de prétendues « victimes » et de « guérisons miraculeuses » relayés par une église locale. D’autres personnes, à Kisangani, ont également été tuées ce mardi 7 octobre dans des circonstances similaires.
Face à la psychose grandissante, le gouverneur de province Paulin Lendongolia Lebabonga, en mission à l’extérieur, a publié un communiqué officiel condamnant « des rumeurs infondées » et rappelant qu’aucun cas d’atrophie mystique n’a jamais été confirmé scientifiquement. Le texte, signé par son adjoint Didier Lomoyo Iteku, invite la population à « la vigilance, au discernement et à la retenue », et prévient que toute accusation sans preuve sera désormais passible de poursuites judiciaires.
Reçue mardi par le vice-gouverneur, une délégation sanitaire conduite par le ministre provincial intérimaire de la Santé et le chef de la DPS a réaffirmé qu’« aucun cas de mutilation ni d’atrophie mystique des organes génitaux n’a été constaté » dans la province. Les responsables ont exprimé leurs inquiétudes quant à la sécurité du personnel médical, désormais pris pour cible dans plusieurs zones rurales.
Les autorités provinciales ont ordonné aux maires, bourgmestres et administrateurs de territoires d’intensifier la sensibilisation et de travailler avec les forces de sécurité pour rétablir le calme. Une enquête a été ouverte afin d’identifier les instigateurs de ces violences et les auteurs présumés des lynchages.
Ce drame met une fois de plus en lumière la fragilité du lien entre croyances mystiques et rationalité scientifique, dans un contexte où la désinformation numérique alimente la peur. Pour les observateurs, la tragédie d’Isangi souligne l’urgence d’une éducation communautaire sur les réseaux sociaux et d’une protection renforcée du personnel de santé, souvent pris en otage entre superstition et défiance populaire.
Magloire Mutulwa
La Gazette du Continent
