Le docteur Denis Mukwege sort du silence. Suite à l’annonce, le 2 mars 2026, de nouvelles sanctions imposées par le département du Trésor des États-Unis à l’encontre des Rwanda Defence Force (RDF) et de quatre officiers supérieurs, le Prix Nobel de la paix y voit une opportunité historique de mettre fin à la « guerre illégale d’agression » qui frappe l’Est de la République démocratique du Congo depuis novembre 2021.
Pour le célèbre gynécologue, le Rwanda, dont l’économie reste largement tributaire de l’aide étrangère, est dans une position de vulnérabilité qui rend les pressions internationales particulièrement efficaces. Il rappelle à cet égard le dénouement de la crise de 2012-2013, laquelle s’était dénouée après une simple intervention diplomatique de Washington.
Tout en saluant la décision américaine de cibler les responsables de l’instabilité au Nord et au Sud-Kivu, Denis Mukwege estime que ces mesures ne constituent qu’une première étape. « Ces sanctions du Trésor américain sont nécessaires mais non suffisantes », a-t-il déclaré, appelant à une coordination internationale pour isoler « politiquement, diplomatiquement et économiquement » le régime rwandais.
L’objectif affiché est d’assurer l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes rwandaises du sol congolais, la fin du soutien au M23 et le démantèlement des administrations parallèles installées par les forces d’occupation.
Le Prix Nobel va plus loin en pointant une contradiction au sein des instances internationales. Il demande officiellement le retrait du Rwanda en tant que pays contributeur de troupes aux opérations de paix de l’ONU (DPKO). « Il est inacceptable pour les Nations unies d’employer une armée qui se distingue depuis 30 ans dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs », martèle-t-il, s’appuyant sur le Rapport Mapping et les enquêtes successives du Groupe d’experts de l’ONU.
L’appel s’étend également au vieux continent. Denis Mukwege exhorte l’Union européenne, ainsi que des États comme la France et la Pologne, à suspendre « sans plus tarder » leur coopération sécuritaire et militaire avec Kigali, tout en gelant l’aide budgétaire directe.
Pour Denis Mukwege, la restauration de la paix dans la région ne pourra se faire sans une volonté politique forte de la part de la communauté des États. Il préconise l’utilisation de tous les leviers disponibles, y compris des sanctions visant les plus hauts responsables rwandais, pour mettre un terme à la catastrophe humanitaire que traverse la population congolaise.
« Nous sommes convaincus que le respect du droit international doit prévaloir pour restaurer la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs africains », a conclu le Prix Nobel de la paix.
Tenplar Ngwadi
