Le procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung, détenu depuis plus de trois ans, a franchi une étape déterminante devant la Haute Cour militaire de Kinshasa. Les audiences récentes ont mis en évidence de profondes contradictions entre le ministère public et la défense, notamment autour d’un message téléphonique présenté comme pièce centrale de l’accusation.
Lors de sa prise de parole, le ministère public a soutenu que l’officier général « aurait » reçu, par l’entremise d’un intermédiaire, un message téléphonique émanant du général rwandais à la retraite James Kabarebe. D’après l’accusation, ce message ferait état d’un plan de déstabilisation visant les institutions congolaises, plan dans lequel le feu général-major Peter Cirimwami aurait constitué un obstacle majeur.
Ces accusations sont fermement rejetées par la défense de Philémon Yav Irung, qui dénonce l’absence de preuves matérielles. Les avocats affirment qu’aucun élément tangible ne permet d’établir l’existence du message tel que décrit par le ministère public et ont exigé sa production devant la Cour, estimant que les poursuites reposent sur de simples suppositions.
Interrogé par la Haute Cour militaire lors de l’audience du mardi 20 janvier 2026, le lieutenant-général Philémon Yav Irung a rejeté l’ensemble des accusations portées contre lui. L’ancien commandant de la troisième zone de défense a toutefois reconnu avoir reçu un message, dont le contenu serait différent de celui avancé par le ministère public. Selon ses déclarations, ce message provenait d’un numéro inconnu, non enregistré dans son répertoire téléphonique, et ne contenait aucun élément lié à un projet de déstabilisation.
Fait marquant de l’audience, l’auditeur général a admis n’avoir jamais vu « personnellement » le message évoqué par l’accusation. Il a indiqué que celui-ci « aurait » été supprimé par l’accusé durant la phase préjuridictionnelle et que les tentatives menées par les experts pour le récupérer se sont révélées infructueuses.
Pour la défense, ces aveux confirment que la procédure est fondée sur des hypothèses non étayées par des preuves techniques. Le lieutenant-général Philémon Yav maintient, de son côté, n’avoir jamais reçu ni effacé un message de la nature décrite par le ministère public.
Au moment de son arrestation, Philémon Yav Irung était commandant des opérations Sukola 2 Sud, basé à Rutshuru, dans un contexte sécuritaire marqué par la présence limitée des rebelles de l’AFC-M23 à la seule cité frontalière de Bunagana. Un élément que la défense considère comme incompatible avec les accusations portées contre son client.
Alors que la Haute Cour militaire poursuit l’examen de ce dossier sensible, l’issue du procès est très attendue, tant pour ses implications judiciaires que pour le débat national sur l’État de droit et la gouvernance sécuritaire en République démocratique du Congo.
Magloire Mutulwa
