La Banque centrale du Congo (BCC) a annoncé, dans un communiqué publié le 10 octobre 2025, l’ouverture de ses guichets pour l’échange des billets en francs congolais, y compris ceux jugés impropres à la circulation. L’objectif affiché serait de renforcer la confiance dans la monnaie nationale et fluidifier les transactions.
Les échanges se font désormais du lundi au vendredi, de 8h à 13h, au siège de la BCC, boulevard Colonel Tshatshi, à Kinshasa, ainsi que dans ses directions provinciales et agences autonomes. Tous les billets, de 50 à 20 000 francs congolais, peuvent être remis et échangés contre leur équivalent en coupures valides, précise la Cellule de communication de l’institution.
Sur le papier, la mesure vise l’ensemble du territoire. Mais dans les faits, certaines régions, notamment l’Est du pays, vivent une tout autre réalité. À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, où les institutions financières sont à l’arrêt depuis la prise de la ville par l’Alliance Fleuve Congo-M23 (AFC-M23), la présence de la BCC est inexistante. Les banques commerciales ont fermé, et les habitants doivent compter sur les agents de transfert mobile et les cambistes informels, confrontés à une pénurie chronique de liquidités.
Des reportages diffusés sur Radio Kivu 1 et Pole FM font état d’une circulation massive de billets usés, souvent refusés par les commerçants. « Les clients se plaignent, mais nous n’avons nulle part où échanger ces billets », confie un changeur au marché Birere, dans un micro-trottoir diffusé lundi dernier.
Dans la capitale, le ton est nettement plus optimiste. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a indiqué dans le compte-rendu du Conseil des ministres du 3 octobre que le franc congolais s’était apprécié de 9,1 % par rapport au dollar américain depuis le 19 septembre 2025. Le président Félix Tshisekedi a salué cette performance, soulignant qu’elle reflète « les efforts constants de discipline monétaire et budgétaire » menés par la BCC et le gouvernement.
Selon les explications officielles, cette progression s’explique par plusieurs mesures à savoir la constitution accrue des réserves obligatoires par les banques, la ponction de liquidités opérée par le Trésor lors des échéances fiscales et les interventions ciblées de la BCC sur le marché des changes. Ces actions combinées ont permis, selon Patrick Muyaya, de « stabiliser la monnaie nationale et d’envoyer un signal fort aux opérateurs économiques ».
Mais la stabilité reste inégale. Le président Tshisekedi a lui-même reconnu l’existence de disparités importantes dans les taux de change selon les provinces, notamment entre Kinshasa et les zones de l’Est en conflit. Dans ces régions, le taux de change varie fortement, souvent bien au-delà des niveaux officiels, alimenté par la rareté des devises et la domination du marché informel.
À Goma, Bukavu et dans plusieurs localités du Nord et du Sud-Kivu, la disparition des circuits bancaires officiels empêche toute application concrète des mesures monétaires. Les billets abîmés continuent de circuler, la confiance s’érode, et les commerçants se tournent vers le dollar américain pour sécuriser leurs transactions.
Selon un étudiant en sciences économiques de l’Université de Goma interrogé hors micro : « cette situation isole de fait toute une partie du pays de la politique économique nationale » et affaiblit la portée des décisions prises à Kinshasa.
S’il salue les progrès enregistrés, le président Tshisekedi a recommandé au gouvernement de maintenir une politique budgétaire rigoureuse et de « limiter les pressions inflationnistes ».
Il a également insisté sur la nécessité d’« une approche plus innovante et structurée » pour stimuler la demande en franc congolais et renforcer sa crédibilité à long terme.
Entre la reprise de confiance à Kinshasa et la fragilité économique à l’Est, le franc congolais reflète aujourd’hui les contrastes du pays.
Si la BCC multiplie les initiatives pour protéger la valeur de la monnaie nationale, leur impact demeure limité là où l’État peine à exercer son autorité. La stabilité du franc congolais, plus qu’une question de taux de change, reste avant tout un enjeu de cohésion territoriale et de sécurité nationale.
Magloire Mutulwa
