La Banque Centrale du Congo (BCC) a publié, ce vendredi 24 octobre 2025, ses nouveaux taux indicatifs de change.
Selon les données officielles disponibles sur son site web (www.bcc.cd), un dollar américain s’échange désormais à 2 233,27 francs congolais (CDF) Cette annonce intervient dans un contexte économique encore marqué par les tensions inflationnistes et la volatilité du marché des changes.
Dans son communiqué, l’institution monétaire précise que ces taux sont destinés à servir de référence pour les opérations interbancaires et pour les établissements financiers agréés à travers le pays. La BCC invite également la population à ne pas se laisser influencer par les cambistes de rue ni par les spéculateurs, souvent à l’origine de taux fluctuants et non conformes. « Les citoyens sont appelés à consulter les sources officielles pour éviter toute manipulation », peut-on lire sur la plateforme institutionnelle.
Comparé aux chiffres du mois de septembre, où le dollar s’échangeait en moyenne à 2 819 CDF, le franc congolais semble connaître une légère appréciation. Cette évolution, selon les économistes proches de la BCC, témoignerait des efforts du gouvernement visant à stabiliser la monnaie nationale après plusieurs mois de glissement continu. Elle s’expliquerait notamment par un contrôle plus strict de la masse monétaire et un resserrement des dépenses publiques.
Toutefois, sur le terrain, la réalité semble plus contrastée. À Goma, les taux pratiqués varient sensiblement selon les quartiers et les types d’activités commerciales. Dans les marchés et points de vente, certains commerçants vendent leurs produits à un taux de 2 200 francs le dollar, tandis que d’autres appliquent encore des valeurs plus élevées. En revanche, à l’achat, plusieurs opérateurs maintiennent un taux de 2 000 francs. « Nous achetons à 2 000 mais revendons à 2 200, parce que nos stocks datent d’avant la baisse », explique un cambiste rencontré à Biréré.
Cette instabilité est également perceptible dans les services de transfert d’argent et de mobile money, où les taux de retrait oscillent entre 2 050 et 2 100 francs. Une situation que plusieurs habitants jugent confuse, estimant que la fluctuation permanente du taux de change perturbe le commerce local et réduit la confiance dans la monnaie nationale.
Face à ces réalités, certains acteurs politiques et économiques émettent des réserves. Lors d’une conférence de presse tenue à Goma ce jeudi 24 octobre à l’hôtel Serena, le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo-M23, Corneille Nangaa, a accusé le gouvernement congolais de manipuler artificiellement les chiffres du taux de change. Selon lui, cette « appréciation soudaine » du franc congolais relèverait d’une « manœuvre populiste » destinée à redorer l’image du régime à la veille de nouvelles annonces politiques.
L’ancien président de la CENI, devenu chef politique du mouvement AFC/M23, est allé plus loin en évoquant une « escroquerie d’État comparable à celle du projet RAM », pointant du doigt le nouveau gouverneur de la BCC, André Wameso. « Le peuple congolais mérite une politique économique transparente, pas des chiffres manipulés pour calmer la rue », a-t-il déclaré devant la presse.
Jusqu’à présent, aucune réaction officielle de la Banque Centrale ni du gouvernement n’a été enregistrée pour répondre à ces accusations. La BCC, dans sa communication, insiste plutôt sur sa détermination à défendre la stabilité du franc congolais à travers des mesures de rigueur monétaire et un renforcement de la discipline budgétaire.
En attendant, sur les marchés de Goma, Bukavu, Beni ou Kinshasa, les consommateurs observent prudemment l’évolution du taux de change. Beaucoup espèrent que cette embellie, si elle se confirme, puisse se traduire par une baisse réelle des prix sur les produits de première nécessité, une attente encore loin d’être comblée pour la majorité des ménages congolais.
Magloire Mutulwa
