Le débat sur la tenue d’un dialogue national en RD Congo s’enrichit d’une nouvelle voix de poids. Jean-Marc Kabund, président du parti Alliance pour le changement, a fait savoir que sa formation politique ne s’assiérait pas à la table des discussions sans garanties préalables.
Pour l’opposant congolais, la forme et le fond du processus doivent répondre à des critères de transparence stricts. « Nous ne participerons qu’à un dialogue inclusif conduit par un facilitateur neutre », a-t-il prévenu. Afin de marquer sa volonté de voir une véritable décrispation politique, il a assorti sa participation à deux exigences majeures : la libération de tous les prisonniers politiques et le retour des exilés.
« Une déclaration de guerre »
Au-delà des enjeux de politique intérieure, Jean-Marc Kabund a profité de sa prise de parole pour alerter sur la situation sécuritaire dans l’est du pays. Il a appelé à une prise de conscience collective face aux tensions avec le Rwanda voisin. « Toute la classe politique congolaise doit considérer les propos de Paul Kagame comme une déclaration de guerre », a-t-il affirmé avec gravité.
Cette sortie s’accompagne d’un message direct aux combattants de la rébellion du M23, qu’il accuse de servir des intérêts étrangers visant l’intégrité territoriale de la RDC. « Ceux qui sont dans le M23 doivent savoir qu’ils mènent un combat pour la balkanisation de notre pays », a martelé l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale.
Le cadre de Tshisekedi : entre souveraineté et Constitution
De son côté, le Président de la République Félix Tshisekedi semble prêt à ouvrir la porte à ces discussions, mais pas à n’importe quel prix. Afin de lever toute ambiguïté, le chef de l’État a énuméré une série de conditions non négociables qui définissent un cadre strictement institutionnel.
Premièrement, le président insiste sur la dimension nationale du processus : le dialogue doit se tenir exclusivement sur le sol congolais, sous l’égide des institutions de la République et dans le respect rigoureux de la Constitution. Pour Kinshasa, il ne s’agit pas de créer un mécanisme qui viendrait se substituer aux obligations internationales ou qui servirait à « relativiser une agression » extérieure.
Le second pilier de la position présidentielle repose sur la justice. Félix Tshisekedi a prévenu que ce processus politique ne signifierait pas l’impunité. La justice suivra son cours « avec rigueur et sans complaisance » pour honorer les victimes de l’agression dont le pays fait l’objet.
Enfin, une ligne rouge infranchissable a été tracée : l’exclusion de tout acteur ayant les mains tachées de sang. « Dialogue, oui. Mais pas avec ceux qui ont commis des crimes envers nos populations », a martelé le président.
Par cette mise au point devant la communauté internationale, Félix Tshisekedi lie désormais indissociablement l’exigence de cohésion nationale à celle d’une justice intransigeante face aux acteurs armés et aux ingérences étrangères. Entre l’appel au rassemblement de Martin Fayulu et les garde-fous de la présidence, le chemin vers un dialogue inclusif est désormais balisé par des enjeux de souveraineté et de redevabilité.
Tenplar Ngwadi
