Une page de l’histoire politique de la République démocratique du Congo se tourne. Catherine Nzuzi wa Mbombo, l’une des dernières figures de proue de l’ère Mobutu et icône de la résilience féminine, est décédée ce mercredi 18 mars 2026. Celle que l’on surnommait volontiers la « rescapée » de la vie politique congolaise laisse derrière elle l’image d’une femme d’État dont le prestige personnel demeurait, jusqu’à ses derniers jours, incomparable.
Née le 19 décembre 1944 à Tshumbe Sainte Marie (Sankuru), Catherine Nzuzi wa Mbombo était « tombée » dans la politique dès l’enfance. Fille d’Henri Nzuzi Kamande, un « évolué » de la période coloniale devenu bourgmestre puis sénateur, elle grandit dans une famille catholique pratiquante de huit enfants. À Kananga, ses parents, fervents lumumbistes, reçoivent Patrice Lumumba en personne, marquant à jamais l’esprit de la jeune adolescente.
Cependant, son parcours sera marqué par la tragédie : en 1961, elle perd son frère aîné, Emmanuel Nzuzi, assassiné aux côtés d’autres figures lumumbistes. À 20 ans, au décès de sa mère, elle assume la charge de ses frères et sœurs sous la protection de son père, forgeant ainsi un tempérament de leader et une rigueur qui ne la quitteront plus.
Autodidacte et dotée d’un esprit remarquablement organisé, elle entame sa carrière publique dès 1967 en étant nommée bourgmestre de la commune de Léopoldville (l’actuelle Gombe) à seulement 23 ans. Son ascension est irrésistible : vice-gouverneur de Kinshasa en 1972, puis gouverneur du Congo-Central, elle s’impose par sa clarté et sa vigueur.
Le sommet de sa carrière intervient en 1984
Membre du comité central du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), elle est nommée vice-présidente de cet organe. Elle devient alors, de facto, la deuxième personnalité de la République. Fidèle parmi les fidèles, elle considérait le maréchal Mobutu comme son seul mentor, conservant son portrait officiel sur son bureau jusqu’à la fin de sa vie.
Ce qui a cimenté la légende de Nzuzi wa Mbombo est sans doute son attitude lors de la chute du régime en 1997. Alors que de nombreux dignitaires mobutistes choisissent les chemins de l’exil face à l’avancée de Laurent-Désiré Kabila, elle décide de rester au pays.
Ce choix lui vaudra la prison centrale de Makala, où elle est détenue dans des conditions précaires, puis une mise en résidence surveillée de 287 jours, gardée par une trentaine de militaires. Cette épreuve, loin de l’éteindre, a renforcé son statut de témoin privilégié de l’histoire.
Ceux qui l’ont approchée récemment décrivent une femme d’une « simplicité bienveillante », entourée de ses diplômes de mérite et de ses ouvrages. « C’est une femme que les hommes politiques n’impressionnent pas », confiait récemment l’un de ses proches.
Le parcours de Catherine Nzuzi wa Mbombo, décédée à l’âge de 81 ans, est celui d’une « traversée du désert » qui n’aura jamais réussi à briser sa stature. Emprisonnée sous l’ère de Laurent-Désiré Kabila, elle retrouve la liberté le 10 janvier 2001, une semaine seulement avant l’assassinat du « Soldat du peuple ». Cet épisode marquera le début d’un nouveau chapitre pour cette femme politique hors pair.
Loin de se retirer de la vie publique après ses années de détention et de résidence surveillée, Catherine Nzuzi wa Mbombo s’impose comme une figure incontournable lors du dialogue inter-congolais de Sun City, en Afrique du Sud. En sa qualité de présidente du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR-Fait privé), elle participe activement à la réunification du pays.
En 2004, son expertise et son poids politique lui ouvrent les portes du gouvernement de transition, où elle occupe les fonctions de Ministre de la Solidarité et des Affaires humanitaires. Un poste à la mesure de sa résilience, au service d’une population à laquelle elle est restée viscéralement attachée tout au long de sa carrière.
Ce qui distingue Catherine Nzuzi wa Mbombo de nombre de ses contemporains, c’est une réputation d’intégrité quasi-unique. Dans un paysage politique souvent marqué par les remous, elle quitte la scène sans qu’aucun scandale financier ou détournement de fonds ne vienne entacher son nom. « Il est difficile de déstabiliser une personne dont l’intégrité est incontestée », souligne Jean-Claude Mombong Mass, fondateur de La Gazette du Continent, dans un vibrant hommage.
Au-delà de la politique, « Maman Nzuzi » était une femme d’action et d’entreprise. Véritable autodidacte, elle avait su investir avec succès dans le secteur de l’immobilier, prouvant que son sens de l’organisation s’étendait bien au-delà des bureaux ministériels.
Sur le plan personnel, elle était la veuve de Monsieur Madimba Symphorien. Mère de six enfants, elle s’en va entourée de l’affection de ses nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants.
Pour les observateurs de la vie politique congolaise, Catherine Nzuzi wa Mbombo reste un « témoin de l’histoire », une femme de caractère qui a su traiter d’égal à égal avec les plus grands dirigeants. De ses échanges d’adolescente avec Patrice Lumumba à sa loyauté indéfectible envers le maréchal Mobutu, elle aura été de tous les combats.
Comme le conclut si justement Jean-Claude Mombong Mass, son parcours demeure « un véritable exemple de résilience » pour les générations actuelles et futures de la République démocratique du Congo. La nation salue aujourd’hui une grande dame qui a su allier puissance politique, rigueur morale et simplicité bienveillante.
Jean-Claude Mombong Mass
