Le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) a réaffirmé son appel à un dialogue politique inclusif entre Centrafricains. « Le MLPC est, dans l’histoire de notre pays, le deuxième parti le plus ancien après le MESAN de Barthélemy Boganda, père fondateur de la République centrafricaine.
Il est aussi le premier parti politique à avoir accédé au pouvoir en venant directement de l’opposition », a déclaré son président, Martin Ziguelé, le 22 février 2026, à l’occasion du 47ème anniversaire de la création du parti. Créé à Bangui le 22 février 1979, le MLPC commémore chaque année cette date.
« Nous ne cherchons pas des occasions de réjouissance, mais nous comprenons l’importance de nous retrouver, même dans le dénuement, pour rallumer la flamme républicaine et militante transmise par nos pères fondateurs », a-t-il souligné.
Un parti né dans un contexte de contestation
L’histoire du MLPC est intimement liée à celle de la République centrafricaine à la fin des années 1970, lorsque la population avait décidé de tourner la page de la dictature du président à vie de l’époque, qui avait concentré tous les pouvoirs et proclamé l’Empire centrafricain en s’autoproclamant empereur. À la rentrée scolaire de janvier 1979, des élèves de Bangui s’étaient révoltés contre l’obligation du port de tenues scolaires, alors que leurs parents accumulaient des arriérés de salaires. Rejoints par des étudiants de l’Université de Bangui, ces jeunes avaient lancé des manifestations d’envergure nationale, durement réprimées.

Des enseignants, des fonctionnaires et des syndicalistes avaient alors décidé d’encadrer le mouvement en créant une structure politique clandestine : le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain. Le parti se voulait l’incarnation des aspirations à l’amélioration des conditions de vie et à la libération du peuple centrafricain.
Les objectifs fondateurs du parti
Selon Martin Ziguelé, trois objectifs avaient été assignés au MLPC : provoquer la chute de l’Empire et le retour à la République telle que voulue par Barthélemy Boganda ;
accéder au pouvoir par des élections libres, démocratiques et transparentes ;
instaurer un multipartisme intégral fondé sur le socialisme démocratique, afin de promouvoir des transformations économiques et sociales au bénéfice de chaque Centrafricain. Une minute de silence a été observée en mémoire des jeunes tombés sous la dictature, des pères fondateurs du parti et des militants disparus.
Boycott des élections et appel au dialogue
Quarante-sept ans après sa création, le MLPC estime faire face aux mêmes défis liés à la construction de la République et de la démocratie. En 2025, pour la première fois de son histoire, le parti a décidé de ne pas participer aux élections générales sans dialogue politique préalable. Cette décision, prise lors du 5ème Congrès ordinaire tenu les 9 et 10 septembre 2025 à Bangui, est partagée avec les partis de l’opposition réunis au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC).
« Notre revendication d’un dialogue politique demeure d’actualité. Les élections ne doivent pas être un rituel destiné à la consommation internationale, sans transparence ni respect des règles de droit », a affirmé Martin Ziguelé. Le MLPC dénonce notamment l’absence d’affichage des listes électorales, la non-remise des procès-verbaux aux candidats et des irrégularités répétées lors des scrutins de 2005, 2011, 2015 et 2020.

Un climat politique jugé préoccupant
Le parti accuse le pouvoir de chercher à instaurer un parti-État et de fragiliser les institutions républicaines. Il évoque également des cas de débauchage de députés de l’opposition et un rétrécissement de l’espace civique et politique. Sur le plan socio-économique, le MLPC déplore la dégradation des conditions de vie, notamment l’accès à l’eau et à l’électricité, la situation des infrastructures routières, de l’agriculture, de l’éducation et de la santé.
Restructuration interne du parti
En interne, le parti entend poursuivre sa restructuration et renforcer la formation politique et idéologique de ses cadres et militants. Le bureau politique issu du 5ème Congrès est présenté comme rajeuni et diversifié.
« La lutte démocratique pour la République demeure une priorité. Nous sommes habitués aux menaces et aux tentatives de division », a conclu Martin Ziguelé.
Martin Ziguelé est un Premier ministre de la République centrafricaine de 2001 à 2003, sous la présidence de Ange-Félix Patassé. Il a été député à l’Assemblée nationale à plusieurs reprises. Il est le chef de file de l’opposition démocratique ces dernières années.
Zacharie Mikunga
