Le Zaïre de Mobutu venait de perdre l’un des personnages les plus importants de son histoire.
« M. Mandrendele Tanzi est mort dans l’exercice de ses fonctions », un flash de la voix du Zaïre qui rend publique la mort du directeur du bureau politique du MPR.
Dans les rues de Kinshasa, au travail, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.
Stupéfaction des Congolais, concert de louanges , les messages de condoléances affluent.
Prosper Mandrandele Tanzi est né le 30 mars 1933 à Watshia dans la province du Haut Zaire, cet ancien séminariste gravira tous les échelons du pouvoir.
Avant la politique , il était cadre à la Regideso , ingénieur de formation, directeur du bureau politique du MPR , il a été un rouage essentiel auprès du président de la République et l’un des collaborateurs les plus puissants de l’époque.
Tout dans le personnage entretenait l’image d’une grande personnalité politique : sa manière d’être, son autorité courtoise, son parcours avait façonné sa légende. Ce qui frappait en premier, lorsqu’on le rencontrait , c’était son intelligence et son verbe : précis, châtié, contrôlé, en plus de sa silhouette imposante.
Il y a des hommes politiques dont on se dit qu’ils ne sont pas passés loin d’un grand destin et dont on regrette parfois que cela n’ait pas été le cas. Prosper Mandrandele Tanzi est peut-être passé à côté d’un destin national, n’eut a été sa mort précoce.
Il était un talent intellectuel doté d’un esprit admirablement organisé et d’une clarté impressionnante de vigueur et d’exigence. Il aurait pu être le dauphin ou faire un adversaire redoutable face au président Mobutu. Il était le véritable vice-président .
L’éminence grise de Mobutu
Prosper Mandrendele Tanzi était le directeur du bureau politique du MPR -il était le numéro deux, après Mobutu , c’était lui ,-l’équivalent du Premier ministre aujourd’hui.
Le président Mobutu l’appréciait beaucoup et avait vu tôt en lui l’un des espoirs du Zaïre, il le confiait d’ailleurs en privé. C’était l’intellectuel lanceurs d’idées, trentenaire brillantissime , il s’est imposé dans l’entourage et le sillage proche du président de la République.
Quand il passait à la télévision, c’était pour annoncer les décisions qui engageaient la vie des zaïrois et du pays. C’est lui qui avait annoncé une série de mesures pour se détacher de tout ce qui rappelait l’Occident et sa domination : le changement du drapeau , de l’hymne national , l’interdiction du port des costumes, de cravatte,de la perruque, du pantalon pour les femmes et des prénoms occidentaux.
Le président Mobutu avait des rapports conflictuels avec l’Eglise catholique , en guise de réconciliation, un dîner officiel était organisé entre l’État zaïrois et les autorités religieuses à Lubumbashi.
La légende populaire laissait entendre que sa mort fut provoquée par l’absorption d’un poison destiné au Cardinal Malula. Tout a été raconté sur sa mort, le cardinal aurait été averti de l’empoisonnement , il demanda d’échanger les assiettes. Il prit l’assiette empoisonnée et lui remit la sienne.
Personne aujourd’hui ne peut affirmer cette rumeur.
Il est mort à l’âge de 41 ans , le gouvernement avait décrété un jour de deuil national, les drapeaux étaient en berne pendant 3 jours .
Ses funérailles avaient donné lieu à des élans de ferveur populaire, rassemblant dans la douleur des dizaines de milliers de personnalités politiques et de zaïrois, le cercueil recouvert du drapeau zaïrois rejoignant le cimetière de la Gombe où il sera inhumé le samedi 16 février 1974.
Jean-Claude Mombong Mass
