Me Vally Kalunga évoque une “violation grave de la Constitution” et un abus de pouvoir des services de renseignement militaire. Deux agents détenus sans accès à leurs avocats, des scellés brisés et des biens emportés vers une destination inconnue.
Le Coordonnateur adjoint de Droit Plus et avocat-conseil de l’Initiative Ecologique et Biodiversité pour le Congo (IEBDCO), Me Vally Kalunga, a dénoncé le 4 mars 2026 ce qu’il qualifie de « grave dérive » survenue au Parc de la Vallée de la N’sele.
Dans une déclaration publique, il rappelle que la Constitution, en son article premier, proclame que la République Démocratique du Congo est un État de droit. À ce titre, soutient-il, la justice militaire a l’obligation de respecter et de protéger les biens placés sous sa garde dans le cadre de ses enquêtes.
Une perquisition sans suite compromettante
Selon les explications fournies, une perquisition avait été menée du 15 au 18 avril 2025 à la 18ᵉ Rue, dans la commune de Limete Industriel, par la justice militaire accompagnée d’éléments de la Première Zone de défense. Entrepôts, bureaux, résidences et l’ensemble de la parcelle avaient été inspectés, sans qu’aucun élément compromettant ne soit découvert.
Plusieurs biens avaient toutefois été saisis et placés sous scellés, avec désignation de deux gardiens, dont Lembe et Gustave, tous deux travailleurs à l’IEBDCO.
Des biens « dissipés » après l’arrestation de deux agents
Me Vally Kalunga affirme qu’entre le 23 février et le 1er mars 2026, la majorité des objets saisis auraient été « dissipés » par des éléments du service de renseignement militaire. Cette disparition serait intervenue après l’arrestation de Crispin Mbayo, assistant de l’administrateur de l’IEBDCO, et de Lembe, vigile principal et gardien désigné des biens saisis. Selon la dénonciation, toutes les clés des véhicules conservées par ce dernier lui auraient été retirées lors de son enlèvement.
Les deux personnes arrêtées, dont l’une âgée de plus de 70 ans, seraient détenues depuis plus de onze jours sans accès à leurs familles ni à leurs avocats, en violation présumée des articles 18 alinéa 1 et 19 alinéa 4 de la Constitution.
Scellés brisés et biens emportés vers une destination inconnue
Toujours d’après Droit Plus, les biens se trouvaient depuis avril 2025 dans des entrepôts scellés par la justice militaire et gardés par des éléments de la Première Zone de défense. Après l’arrestation des deux agents, l’accès aux bureaux aurait été interdit. Un colonel de l’état-major du renseignement aurait brisé les scellés et ordonné le chargement des biens dans plusieurs camions à destination inconnue. Des témoignages évoquent la disparition de sommes importantes destinées au paiement des travailleurs, ainsi que de coffres-forts contenant des titres de propriété. Des caméras de surveillance, des vitres et des portes auraient également été endommagées ou emportées.
Appel à une enquête et à la transparence
Pour Me Vally Kalunga, ces faits soulèvent des questions fondamentales sur la responsabilité et les mécanismes de contrôle au sein des institutions. « Pourquoi ces objets ont-ils été pris ? Qui en a donné l’ordre ? », interroge-t-il.
Droit Plus demande l’ouverture d’une enquête immédiate, indépendante et exhaustive afin d’établir les responsabilités et de garantir que justice soit rendue. L’organisation appelle également les médias à jouer pleinement leur rôle d’investigation pour assurer la transparence.
Par ailleurs, depuis le 21 février 2026, les agents de l’IEBDCO ainsi que des locataires, dont deux cabinets d’avocats installés sur la parcelle, seraient empêchés d’accéder à leurs bureaux, une situation que l’organisation assimile à un « déguerpissement voilé ».
« Nous ne pouvons pas rester silencieux face à cette injustice », conclut Me Vally Kalunga, estimant que cette affaire dépasse le cadre d’un simple contentieux pour poser la question du respect de l’État de droit et de la démocratie.
Zacharie Mikunga
