C’est à Buhimba, dans la partie sud-ouest de la ville de Goma, la septième édition du Festival du Kivu a ouvert ses portes ce jeudi 16 octobre 2025, marquant un moment fort pour la scène culturelle et la vie communautaire du Nord-Kivu. Sous le thème « Kivu : la force de la résilience, le moteur de la transformation », cette édition entend montrer comment la culture et la créativité peuvent contribuer à retisser le lien social dans une région longtemps meurtrie par les conflits.
Le Kivu, anciennement une seule province avant sa division en Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema en 1988, reste un territoire au passé mouvementé. Bordé par le lac Kivu, partagé avec le Rwanda, la région porte les stigmates de décennies de guerre et d’instabilité politique.
Depuis plus de trente ans, les populations vivent au rythme des affrontements entre groupes armés et forces régulières. Ces crises successives, qualifiées de « guerres du Kivu », ont profondément affecté la cohésion sociale et les structures communautaires.
C’est dans ce contexte que le Festival du Kivu a vu le jour en 2011, sous l’initiative de l’artiste engagé Yves Ndagano. Pensé comme un espace de dialogue et de guérison, il vise à favoriser la cohabitation pacifique entre les communautés à travers la danse, le théâtre et la musique.
Le slogan de cette édition « De l’art pour se relever, de l’art pour réinventer l’avenir » illustre cette conviction que la culture peut être une force de transformation sociale et de réconciliation.
Pour cette première journée, la scène de Buhimba a réuni un public nombreux malgré l’éloignement du site. Les troupes Ngoma Yetu ya Zamani, Pamoja Tucheze Théâtre et le Groupe Folk Interculturel du Nord-Kivu ont offert des prestations vibrantes, entre rythmes traditionnels, chorégraphies contemporaines et pièces de théâtre portées par des messages de paix.
Une ambiance de fête, d’émotion et de fierté culturelle s’est emparée du quartier, donnant le ton d’un festival placé sous le signe de la joie partagée et de la résilience collective.
Le coordinateur du festival, Germain Ciza Mukubito, s’est réjoui du succès de cette ouverture tout en reconnaissant certains défis logistiques : « L’activité d’aujourd’hui a été une réussite malgré plusieurs défis du côté organisationnel, notamment à cause de l’éloignement du lieu », a-t-il indiqué à la presse. Il a également rappelé le message central de l’événement : « Nous invitons toutes les communautés à rester résilientes et solidaires. C’est ensemble que nous pourrons continuer à bâtir une culture de paix et de cohésion. »
Le Festival du Kivu cible principalement les jeunes, les artistes et les communautés du Nord-Kivu, mais aussi les acteurs de la paix, les opérateurs culturels et les visiteurs venus d’autres régions. En mettant en valeur la diversité artistique du territoire, il cherche à transformer les différences en dialogue et à montrer que la culture reste un langage universel face aux divisions ethniques et sociales a-t-on appris.
Après Buhimba, le festival s’est poursuivi le vendredi 17 octobre 2025 au Parking mouvementé de Masisi, dans le quartier Ndosho, avec de nouvelles prestations. Cette itinérance artistique permet de rapprocher la culture des habitants de différents quartiers et de renforcer le sentiment d’appartenance commune. Chaque représentation devient ainsi un acte symbolique, danser pour se relever, créer pour se reconstruire a constaté la Gazette du Continent.
Signalons que treize ans après sa création, le Festival du Kivu s’impose comme un rendez-vous incontournable pour la culture, la paix et la jeunesse dans l’Est de la RDC.
Il incarne la conviction que la résilience du Kivu ne passe pas seulement par les armes ou la politique, mais aussi par l’imaginaire, la mémoire et la créativité. À travers chaque chanson, chaque scène et chaque geste artistique, se dessine la promesse d’un Kivu qui refuse de céder à la peur et choisit, une fois encore, de croire à la vie estiment les organisateurs.
Magloire MUTULWA
