Dans un contexte marqué par la hausse du prix du carburant et la dégradation avancée de plusieurs axes routiers au Nord-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo, les activités économiques deviennent de plus en plus contraignantes pour les populations. Cette situation affecte à la fois les consommateurs et les opérateurs économiques dans plusieurs zones de la province.
Pour analyser cette conjoncture, le professeur Déo Bengeya Machozi, enseignant en sciences économiques et expert-comptable agréé, pointe notamment des facteurs d’ordre international. Selon lui, les tensions géopolitiques actuelles, notamment liées à la situation au Moyen-Orient, influencent directement le marché mondial du pétrole.
« Les causes peuvent être recherchées premièrement sur un choc qui vient de frapper le monde, notamment la guerre en Iran qui embrase le Moyen-Orient », explique-t-il. Il ajoute que « par spéculation, les grands producteurs commencent déjà à constituer des réserves pour se prémunir contre une éventuelle crise économique ».
Cependant, l’économiste estime que cette situation ne devrait pas justifier certaines pratiques observées au niveau local. Il appelle les vendeurs de carburant à adopter une approche plus responsable dans la fixation des prix.
« Les vendeurs sur le plan local ne devraient pas jouer à la spéculation, mais plutôt s’appuyer sur la réalité de leur approvisionnement, en appliquant une marge bénéficiaire conforme à la réglementation », insiste-t-il.
Le professeur rappelle par ailleurs que le carburant est un produit stratégique dont le prix est encadré par l’État. À ce titre, il estime que les autorités publiques ont un rôle central à jouer dans la stabilisation du marché.
« C’est à l’État de jouer pleinement son rôle, notamment en réunissant les opérateurs pétroliers afin de convenir d’un prix équilibré, accessible à la population sans léser les vendeurs », précise-t-il.
Au-delà de la question du carburant, l’état de délabrement des routes dans plusieurs zones du Nord-Kivu aggrave la situation. Cette double contrainte impacte directement les chaînes d’approvisionnement et le coût du transport des marchandises.
« Nous, consommateurs, ressentons déjà les effets de cette hausse, car notre pouvoir d’achat diminue et l’accès au carburant devient plus difficile », souligne encore l’expert.
Il ajoute que cette situation pourrait entraîner une hausse généralisée des prix sur les marchés : « Les commerçants seront également affectés, car le transport des marchandises dépend fortement du carburant ».
Face à ces défis, le professeur Déo Bengeya appelle à une prise de responsabilité collective. Il invite les autorités à renforcer la régulation du secteur, les vendeurs à éviter toute spéculation, et les consommateurs à s’adapter à cette conjoncture économique difficile.
Magloire Mutulwa
