Le collaborateur de «So Foot» et «Society» a été condamné mercredi 3 décembre à la même peine qu’en première instance, notamment pour «apologie du terrorisme». Face aux juges, il avait fait acte de contrition et appelé à la «clémence».
La justice algérienne ne s’est pas dédite. Mercredi 3 décembre, la cour d’appel de Tizi-Ouzou a condamné le journaliste français Christophe Gleizes à la même peine, sévère, qu’en première instance : sept ans de prison.
L’espoir d’un verdict plus indulgent, trois semaines après la libération par Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, s’est brutalement éteint. Ses proches se disent «effondrés». Le reporter de 36 ans, pigiste pour So Foot et Society, retourne derrière les barreaux. «Coupable» d’avoir simplement exercé sa profession de journaliste en Algérie. Reporters sans frontières a dénoncé une «décision aberrante».
Le tribunal a condamné Christophe Gleizes pour «apologie du terrorisme». Il était entré en Algérie l’an dernier, muni d’un visa touristique, pour enquêter sur plusieurs sujets : le célèbre club de foot de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), établi à Tizi-Ouzou, à 100 kilomètres à l’est d’Alger, ainsi que la vie de deux joueurs au destin tragique, le Camerounais Albert Ebossé Bodjongo et l’international algérien Salah Djebaïli. «L’accusé n’est pas venu en Algérie pour accomplir un travail journalistique mais [pour commettre] un acte hostile», a prétendu le représentant du parquet, contre toute évidence.
Ce mercredi, à la barre, le journaliste a fait longuement acte de contrition, exhortant les juges à la «clémence». Il a affirmé qu’il aurait dû demander un visa de journaliste et pas de touriste avant de partir en reportage en Algérie, demandant publiquement «pardon» et reconnaissant avoir fait «beaucoup d’erreurs journalistiques malgré [ses] bonnes intentions».
Sa compagne et ses parents se trouvaient dans la salle.
Le tribunal lui a demandé s’il savait que le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) avait été classé en mai 2021 comme terroriste par les autorités algériennes quand il avait rencontré son président, Ferhat Mehenni, à Paris en octobre de la même année. «Je n’étais pas au courant et j’ai honte de le dire. Cela porte atteinte à mes compétences. J’avais complètement raté cette info», a répondu Christophe Gleizes. «L’Algérie est isolée sur la scène internationale, et elle a de plus en plus de difficultés à atteindre directement ses ennemis extérieurs. Alors c’est la Kabylie, et tout ce qui touche à la Kabylie qui sert de bouc émissaire, explique Salem Chaker, professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, spécialiste de la question kabyle. Christophe Gleizes a eu le malheur d’approcher des gens qui étaient considérés comme des ennemis de la nation.»
«Ces erreurs m’ont permis de réfléchir», a ajouté le journaliste à l’audience, assurant n’avoir «aucune rancœur» à l’encontre de l’Algérie. Des sanglots dans la voix, il a ajouté n’avoir «qu’une seule douleur, celle d’être coupé de [sa] famille», demandant à pouvoir «la retrouver».
Le reporter avait été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi-Ouzou et placé sous contrôle judiciaire jusqu’à son premier procès, et sa première condamnation, fin juin. Son «cas» est surtout survenu en pleine crise diplomatique entre la France et l’Algérie, marquée notamment par le retrait des deux ambassadeurs et des expulsions réciproques de diplomates.
«Grande incompréhension»
«Je suis sous le choc. Dans tous les scénarios envisagés, je ne me suis jamais imaginé celui de la confirmation du verdict. Tous les signaux étaient positifs sur un apaisement des relations» entre les deux pays, a commenté Sylvie Godard, la mère du reporter. Son avocat français, Emmanuel Daoud, a exprimé son «immense déception et une grande incompréhension». «On va continuer à se battre, parce que lorsqu’on défend un innocent, on continue à se battre jusqu’au bout, a-t-il déclaré à la sortie de l’audience. J’ai rarement vu un dossier aussi vide qui se terminait par une condamnation aussi sévère.» Christophe Gleizes a huit jours pour se pourvoir en cassation.
Désormais, l’espoir de ses proches réside surtout dans une grâce accordée par le président Abdelmadjid Tebboune, comme ce fut le cas pour Boualem Sansal.
Après la libération de l’écrivain, Emmanuel Macron avait plaidé pour une relation «apaisée» avec l’Algérie, tout en affirmant que «beaucoup de choses» restaient à «corriger» entre les deux pays.
«La libération de Boualem Sansal est un premier résultat dont il faut se féliciter», estimait-il alors.
La condamnation de Christophe Gleizes jette un nouveau froid. «La France déplore que sa pleine coopération avec les autorités algériennes et les explications fournies par sa défense n’aient pas suffi à changer le verdict», a regretté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
«Il ne faut pas lier l’amélioration des relations et la reprise des contacts entre Paris et Alger à l’affaire Christophe Gleizes, nuance Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Il faut plutôt considérer que le dégel entre les deux pays est un facteur qui plaidera en faveur d’une issue favorable.»
Alain Toussaint avec AFP
