« Nous prenons la parole pour faire connaître, à nouveau et toujours, notre position ». Dans un communiqué daté du 1er mars 2026, le Professeur émérite Raphael Nyabirungu mwene Songa, président national de l’Association culturelle Igisenge, est sorti de sa réserve après un débat ayant pris de l’ampleur tant au niveau national qu’international.
« La semaine qui s’achève a vu un débat éclater (…) nous obliger, nous, les plus concernés (…) à prendre la parole pour faire connaître, à nouveau et toujours, notre position au sujet de l’appellation de la langue parlée par notre Communauté », déclare-t-il.
L’association rappelle que sa position a toujours été claire : le Hutu congolais parle le « Kihutu », au même titre que chaque ethnie congolaise désigne sa langue selon son identité propre.
À l’instar des 450 ethnies congolaises, chacune nomme sa langue
Selon le communiqué, cette revendication s’inscrit dans une logique d’égalité culturelle. De la même manière que le Kongo parle le Kikongo, le Léga le Kiléga, le Kusu le Kikusu, le Luba le Tshiluba ou encore le Nande le Kinande, la communauté Hutu de RDC parle le Kihutu.
L’association insiste sur le respect dû à chacune des quelque 450 ethnies que compte la RDC, estimant que la reconnaissance linguistique participe à la dignité et à l’identité des peuples.
La Conférence de Berlin a séparé plus qu’elle n’a uni
Le communiqué replace également le débat dans son contexte historique. Il rappelle que la Conférence de Berlin de 1885 a redessiné les frontières africaines sans tenir compte des réalités culturelles et communautaires.
À l’heure des indépendances, les États africains ont proclamé l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ainsi, les Hutu se sont retrouvés répartis entre plusieurs pays : Rwanda, Burundi, RDC, Ouganda et Tanzanie.
Selon l’association, cette dispersion explique les différentes appellations linguistiques : Kinyarwanda au Rwanda, Kirundi au Burundi, Kifumbira en Ouganda, Giha en Tanzanie, et Kihutu en RDC.
Le Kihutu est un élément constitutif de l’histoire nationale
L’Association culturelle Igisenge rejette toute remise en cause du Kihutu ou du Muhutu comme composante de l’histoire congolaise. Elle évoque notamment la reconnaissance du Mwami Ndeze Rugabo II par l’autorité coloniale belge, sa participation à l’Exposition universelle de Bruxelles ainsi que la présence des représentants Hutu à la Table ronde de Bruxelles.
Ces faits, selon elle, attestent de l’ancrage ancien et légitime de la communauté Hutu dans l’histoire nationale congolaise.
Nous n’avons mandat ni pouvoir de parler au nom des autres communautés
Le communiqué précise que l’association ne prétend pas se substituer aux autres communautés pour déterminer l’appellation de leurs langues. « C’est à ces Communautés de le dire », souligne-t-elle, appelant au respect mutuel.
Un message de paix et de vérité
Enfin, le texte se veut un appel à la cohésion nationale. L’association insiste pour que ce débat ne serve ni à la stigmatisation, ni à l’exclusion, ni à la division.
« Nous sommes tous les enfants du même Père, le Congo », conclut le communiqué, reprenant l’esprit de fraternité universelle évoqué par Paul VI : « Nous sommes tous des frères ».
La Gazette du Continent
