Le réquisitoire du Procureur général près de la Cour de cassation pour obtenir l’autorisation d’instruction contre le gouverneur de la province du Kongo Central a été déposé le 23 janvier 2026 au cabinet du bureau de l’Assemblée nationale.
Les incriminations mises à charge de Grâce Bilolo
Les faits mis à charge du gouverneur du Kongo Central sont entre autres, les malversations financières caractérisées de 24,9 millions de francs congolais, le étournement de 137.417 dollars américains, de 440.689 dollars américains des vehiles des députés provinciaux, de 35.183 dollars américains non affectés à des travaux d’intérêt commun et enfin de 423.720 dollars américains aux entités territoriales décentralisées.
Le requisitoire du Procureur général près le Parquet de la Cour de cassation en mission a été signé par le Premier avocat général Joseph Nsabuakapuku Mulami. C’est à la suite d’un audit de l’Inspection générale des finances (IGF). Cet audit a été initié à la demande de la présidence de la République après des plaintes de notables de la province du Kongo Central.
La scène politique du Kongo Central a été secouée par une révélation qui fait grand bruit, rapporte l’assistant parlementaire Yannick Kingengo. Selon une information relayée par la Radio Top Congo Fm, le Procureur général près la Cour de cassation a sollicité auprès de l’Assemblée provinciale l’autorisation du Kongo Central d’auditionner le gouverneur Grâce Nkuanga Bilolo. Une annonce qui a immédiatement fait l’effet d’une bombe, alimentant débats et controverses dans tout le pays.

L’investigation de l’IGF
Saisi par le Directeur de cabinet du Chef de l’État à la suite d’une dénonciation signée par 366 notables du Kongo Central, l’Inspection Générale des Finances (IGF) a lancé le 10 septembre 2025 une mission d’audit sur la gestion du gouvernement provincial. L’enquête s’est concentrée sur les recettes pétrolières et leur utilisation, un secteur stratégique et sensible pour l’économie nationale.
Le principe du contradictoire
À l’issue de ses analyses, l’IGF a établi une feuille d’observations transmise au gouvernement provincial. Celui‑ci a répondu en apportant des justifications sur plusieurs aspects de sa gestion. Toutefois, l’équipe de mission a jugé certaines explications insuffisantes ou peu convaincantes. Cette étape illustre l’application du principe du contradictoire, garantissant que les observations de l’IGF soient confrontées aux arguments du gouvernement avant toute conclusion définitive.
La saisine du Parquet général près la Cour de Cassation
Après avoir tiré ses conclusions, l’IGF a transmis son rapport à la Présidence de la République, commanditaire de l’audit. Dans le même temps, elle a saisi le Parquet général près la Cour de cassation, estimant que les irrégularités constatées étaient suffisamment graves pour justifier une action judiciaire. Ce passage du contrôle administratif à une possible procédure pénale marque une escalade institutionnelle et souligne la gravité des faits reprochés.
L’implication de l’Assemblée provinciale
Suite au rapport de l’IGF, le Procureur général près la Cour de cassation a sollicité l’autorisation d’entendre le gouverneur Grâce Nkuanga Bilolo, en raison de son privilège de juridiction. L’Assemblée étant en vacances, c’est son bureau qui reste compétent pour statuer sur ce réquisitoire, conformément au principe de permanence, comme l’a confirmé le précédent de l’affaire Bukanga‑Lonzo. Le sort du gouverneur dépend donc de cette décision : si l’autorisation est accordée, il devra démissionner pour se mettre à la disposition de la justice ; sinon, l’action judiciaire ne pourra prospérer.
Les reproches du gouverneur Bilolo à la procédure
Le gouverneur Grâce Nkuanga Bilolo avance deux critiques principales. D’une part, il affirme ne pas avoir été entendu par l’équipe de mission, alors que l’IGF avait adressé sa feuille d’observations au gouvernement provincial dont il est le responsable. D’autre part, il soutient ne pas avoir été notifié du rapport, soulevant la question de savoir si un tel document doit faire l’objet d’une notification formelle ou simplement d’une information institutionnelle. Ces arguments traduisent sa volonté de contester la régularité de la procédure, mais apparaissent fragiles face aux règles établies.
Des manoeuvres entamées par le chef de l’exécutif provincial
Les vices et les entorses recherchées par Grâce Nkuanga Bilolo dans le chef de la procédure au niveau de l’IGF apparaissent superflus. Ce qui importe désormais, c’est la réalité ou non des fautes retenues à sa charge par le procureur, suite au rapport de cet organe de contrôle. Sans perdre de vue sur le fait que ce dernier pouvait bien s’auto‑saisir, comme ce fut le cas dans l’affaire Mutamba. Le gouverneur ferait œuvre utile de son temps en s’investissant pour obtenir le soutien de l’Assemblée provinciale — ce qui paraît hypothétique — et, d’autre part, en préparant sérieusement sa défense, ce qui n’est pas non plus évident. Dans ces conditions, le gouverneur semble donc dans l’impasse et sa chute paraît inéluctable.
La Gazette du Continent
