Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a dressé, le mardi 17 février 2026, un bilan alarmant de la situation en Ituri pour le mois de janvier 2026.
Entre affrontements persistants, déplacements massifs et paralysie du système éducatif, la province s’enfonce dans une crise multisectorielle que les interventions militaires peinent à endiguer.
Le territoire de Djugu, et plus particulièrement la localité de Bule, demeure le point chaud de l’instabilité. Malgré une accalmie relative constatée en fin de mois, janvier a été marqué par des affrontements répétés. Selon OCHA, plus de 78 500 personnes déplacées, réparties entre les communautés hôtes et des sites comme Savo, Mbudjona ou Buju, vivent dans des conditions précaires avec un accès humanitaire « fortement limité ».
L’éducation est l’une des principales victimes de ce chaos. L’utilisation des écoles comme abris d’urgence a mis à l’arrêt plus de 60 établissements depuis décembre 2025, privant plus de 24 000 enfants de leur droit à l’enseignement. Les besoins les plus critiques identifiés par une évaluation de l’ONG NRC concernent l’aide alimentaire, l’eau, l’hygiène et les abris.
Si une certaine accalmie a été observée à Mahagi et Aru, l’instabilité à Djugu continue d’y produire des ondes de choc. Depuis décembre 2025, environ 37 000 déplacés ont fui vers Mahagi (zones de santé de Logo, Rimba et Kambala), s’installant majoritairement dans des familles d’accueil déjà démunies.
Cette pression démographique s’accompagne d’une dégradation de la protection des civils. Le rapport signale des arrestations arbitraires, des vols et des enlèvements. Le 21 janvier dernier, au moins dix enfants ont été kidnappés par des éléments d’un groupe armé dans l’aire de santé de Rabu.
La situation humanitaire est aggravée par une menace sécuritaire complexe et polymorphe. La province reste la cible des ADF, groupe d’origine ougandaise affilié à l’État islamique, malgré les opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise. À cela s’ajoutent l’activisme de la Convention pour la révolution populaire (CRP) dirigée par l’ancien seigneur de guerre Thomas Lubanga, ainsi que des tensions intercommunautaires latentes.
Sur le plan sanitaire, l’Ituri doit également faire face à des épidémies de rougeole et de Mpox, tout en gérant les conséquences de catastrophes naturelles. Pour OCHA, la combinaison de l’insécurité alimentaire, du manque de soins médicaux et des déplacements massifs vers le site de Plaine Savo ou les territoires voisins d’Irumu dessine un tableau humanitaire d’une extrême gravité.
Tenplar Ngwadi
