En République Démocratique du Congo, la Constitution consacre le caractère sacré de la personne humaine, la protection de la propriété privée ainsi que l’obligation pour l’État de garantir les droits fondamentaux. Pourtant, dans la province du Haut-Katanga, plusieurs situations récentes traduisent une réalité inquiétante : l’inaction des pouvoirs publics devient elle-même un facteur de violations des droits humains.
Dans son analyse, Me Hubert Tshiswaka Masoka dénonce une inertie institutionnelle qui dépasse la simple défaillance administrative. Selon lui, l’État, censé agir comme rempart, s’enfonce dans une passivité qui favorise l’arbitraire. Cette situation serait aggravée par un blocage au sommet de l’exécutif provincial, marqué par l’absence prolongée du gouverneur et un intérim fragilisé par des résistances politiques. Ce bicéphalisme de fait paralyse l’action publique, au détriment des citoyens.

Déplacés de guerre : une dignité humaine bafouée
Les 17 et 18 mars 2026, 523 déplacés de guerre – dont une majorité de femmes et d’enfants – ont passé la nuit à la belle étoile devant le gouvernorat du Haut-Katanga, sans assistance. Malgré plusieurs correspondances adressées aux autorités, aucune réponse concrète n’a été apportée. Une aide ponctuelle de 300 dollars américains leur a été remise, jugée largement insuffisante face à l’ampleur des besoins. Pour l’auteur, cette situation illustre un abandon manifeste et une rupture du devoir de solidarité nationale.
Spoliation des terres de l’INERA : l’impuissance de l’État
À Kipushi, la concession de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA), ainsi que des propriétés privées avoisinantes, font l’objet d’une spoliation à grande échelle. Malgré des décisions administratives ordonnant l’arrêt des travaux de lotissement illégal, aucune mesure effective n’a été mise en œuvre. Ce silence des autorités contraint les citoyens à défendre eux-mêmes leurs droits, dans un climat d’impunité dénoncé par l’IRDH.

Pollution industrielle : des réparations jugées dérisoires
Le cas de l’entreprise CDM, impliquée dans une pollution massive ayant déversé des millions de mètres cubes de substances toxiques dans plusieurs quartiers de Lubumbashi, suscite également des critiques. Si une amende de six millions de dollars américains a été annoncée, elle est jugée largement insuffisante par les communautés affectées, qui réclament une réparation à la hauteur des préjudices sanitaires et environnementaux subis.
Route Kipopo–Poleni : soupçons de détournement et droit au développement bafoué
Dans les quartiers de Tshamalale, Poleni et Kawama, les populations dénoncent l’arrêt inexpliqué des travaux routiers entamés depuis 2019. Malgré des financements issus de la redevance minière, le projet reste inachevé, alimentant des soupçons de détournement de fonds publics. Les communautés locales dénoncent un silence prolongé des autorités, qu’elles considèrent comme une entrave à leur droit au développement.
Des recommandations pour restaurer l’autorité de l’État
Face à ces dérives, plusieurs mesures urgentes sont proposées entre autres l’assistance humanitaire immédiate et relocalisation des déplacés, l’annulation des lotissements illégaux et sécurisation des sites de l’INERA, l’application stricte du principe pollueur-payeur dans les cas de pollution industrielle et l’audit des fonds publics et relance transparente des travaux d’infrastructures
Un constat sans appel
Pour Me Hubert Tshiswaka Masoka, la conclusion est claire : « Là où l’État démissionne, les droits humains reculent ». Cette tribune met en lumière l’urgence d’un sursaut institutionnel, afin de restaurer l’autorité publique et garantir effectivement les droits fondamentaux des citoyens dans le Haut-Katanga.
La Gazette du Continent
