Le scénario redouté par les économistes est en train de se produire. Alors que des explosions ont secoué Téhéran vendredi soir, faisant suite aux promesses américaines d’intensifier leurs frappes et d’envoyer des Marines dans la région, le marché pétrolier s’affole. En réponse, la République islamique maintient son emprise sur le détroit d’Ormuz, point de passage névralgique du commerce mondial, provoquant une flambée immédiate des cours de l’or noir.
Pour l’Afrique, la situation est critique. La quasi-totalité des pays du continent dépendent des importations pour couvrir leurs besoins en produits pétroliers. Plus inquiétant encore : la plupart des États ne disposent que de réserves de carburant pour 15 à 25 jours, là où la norme internationale fixée par l’Agence internationale de l’énergie est de 90 jours.
Ce manque de stocks stratégiques transforme la moindre perturbation au Moyen-Orient en crise nationale immédiate. Selon les experts, les pénuries provoquées par le blocage du détroit d’Ormuz pourraient durablement perturber la croissance économique du continent.
Au Nigeria, géant démographique et économique, les effets se font déjà sentir de manière brutale. À la pompe, les prix s’envolent, entraînant dans leur sillage une inflation galopante qui touche tous les secteurs : fret, frais d’accostage, tourisme, alimentation et transports.
« Je ne comprends pas l’intérêt de cette guerre. Nous ne sommes pas impliqués dans ce conflit, et pourtant, c’est nous qui en subissons les conséquences », déplore Rasheed Ayinla, conducteur de tricycle. Ce sentiment d’impuissance est partagé par les consommateurs confrontés à une hausse des prix quasi quotidienne. « Si vous avez de l’argent, achetez des produits de première nécessité », prévient Dolapo Sanusi, une habitante, face à l’incertitude des jours à venir.
Face à l’urgence, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme. Pour atténuer l’impact social et économique, les gouvernements africains pourraient être contraints de mettre en place des mesures de rationnement immédiat et des subventions ciblées.
À plus long terme, la crise souligne la nécessité pour le continent de réduire sa dépendance aux hydrocarbures importés. L’investissement dans des sources d’énergie alternatives, telles que l’hydrogène et le méthanol, est désormais présenté comme une solution impérative pour sortir de cette vulnérabilité géopolitique. En attendant, après deux semaines de conflit et de redoublement d’obstination de la part de Téhéran, l’Afrique compte ses points de croissance perdus.
Tenplar Ngwadi
