Le climat diplomatique se glace à nouveau dans la Corne de l’Afrique. Le dimanche 8 février 2026, l’Éthiopie a officiellement exigé de l’Érythrée le retrait « immédiat » de ses troupes du territoire éthiopien. Addis-Abeba dénonce des incursions militaires ainsi que des « manœuvres conjointes » menées par les forces d’Asmara avec des groupes rebelles combattant le gouvernement fédéral.
Dans une lettre adressée samedi à son homologue érythréen, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timotheos, a exprimé son vif regret face à ce qu’il qualifie de choix délibéré de l’escalade par le gouvernement d’Isaias Afwerki. « Ces actes ne sont pas de simples provocations, mais des actes d’agression pure et simple », a martelé le chef de la diplomatie éthiopienne, tout en affirmant croire encore à la possibilité de briser ce cycle de méfiance par le dialogue.
Cette nouvelle crise marque un tournant majeur dans les relations entre les deux nations, dont l’histoire est marquée par des décennies de sanglants différends. Après une guerre frontalière dévastatrice entre 1998 et 2000 et 18 ans de « paix froide », le Premier ministre Abiy Ahmed avait pourtant normalisé les relations dès son arrivée au pouvoir en 2018, un geste récompensé par le prix Nobel de la paix.
Cette lune de miel avait conduit les deux pays à combattre côte à côte lors du déclenchement de la guerre au Tigré en novembre 2020. Les troupes érythréennes étaient alors venues prêter main-forte à l’armée fédérale éthiopienne. Mais l’alliance s’est brisée. Mardi dernier, Abiy Ahmed a pour la première fois accusé l’armée érythréenne d’avoir commis des « massacres » durant ce conflit, des allégations qu’Asmara a immédiatement qualifiées de « mensonges ».
Pour l’heure, les autorités érythréennes n’ont pas officiellement réagi à l’ultimatum d’Addis-Abeba. Interrogé par l’AFP, le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, n’a pas donné suite.
Tenplar Ngwadi
