Le président congolais Denis Sassou Nguesso, âgé de 82 ans et candidat à sa propre succession ce mois-ci, a affirmé dans un entretien à l’AFP qu’il « ne resterait pas au pouvoir éternellement », tout en refusant de désigner ou même d’évoquer un éventuel successeur.
À la tête de la République du Congo depuis plus de quarante ans, cet ancien militaire dirige ce pays d’Afrique centrale riche en pétrole avec fermeté. Il affronte six autres candidats lors de l’élection présidentielle prévue le 15 mars, dans un contexte où une opposition fragmentée et affaiblie semble avoir peu de chances de l’emporter. Lors d’un entretien accordé à sa résidence de Dolisie, il a estimé que les règles démocratiques ne pouvaient être appliquées de manière identique dans un pays où « 50 % ou plus » de la population « ne sait ni lire ni écrire ».
Le chef de l’État a également souligné que, selon lui, les pays africains ayant connu des progrès notables sont ceux qui ont bénéficié d’une réelle stabilité politique, parfois assurée par des dirigeants restés longtemps au pouvoir. Ancienne colonie française indépendante depuis 1960, la République du Congo dispose d’importantes ressources pétrolières, mais près de la moitié de ses six millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
La famille Sassou Nguesso a fait l’objet de plusieurs enquêtes pour détournement de fonds publics, notamment en France. Des accusations que les autorités congolaises dénoncent comme des tentatives de déstabilisation. Le président, pour sa part, met en avant la construction d’infrastructures routes, ports, universités ainsi que les efforts engagés pour développer l’agriculture. Il rejette toute idée de mauvaise gestion des ressources, affirmant que celles-ci ont permis d’amener le pays à un niveau de développement supérieur à celui de l’indépendance.
« Nous voulons que les jeunes comprennent que tout le travail accompli vise aussi à préparer leur avenir », a-t-il déclaré, assurant que leur tour viendra puisqu’il ne restera pas « éternellement au pouvoir ».
Des opposants emprisonnés depuis 2016
Ancien militaire de carrière, Denis Sassou Nguesso a dirigé le pays sous un régime à parti unique de 1979 à 1992, avant de perdre les premières élections multipartites face à Pascal Lissouba. Il est revenu au pouvoir en 1997, à l’issue d’une guerre civile. Depuis 2002, chacune de ses victoires électorales est contestée par ses opposants.
Des ONG et organisations de la société civile dénoncent régulièrement des atteintes aux libertés publiques et des pressions sur les adversaires politiques. Deux anciens candidats à la présidentielle de 2016, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont toujours détenus après avoir été condamnés pour « atteinte à la sécurité nationale » en 2018 et 2019. Le président conteste leur statut d’« opposants », affirmant qu’ils préparaient une insurrection armée. Il a toutefois déclaré qu’ils ne mourraient pas en prison et qu’ils seraient libérés « un jour ».
En cas de victoire, ce mandat serait le dernier autorisé par la Constitution, qui limite à cinq ans la durée du mandat présidentiel. Interrogé sur sa succession, Denis Sassou Nguesso a éludé la question, affirmant qu’il ne s’agissait pas de préparer un homme en particulier, mais de mettre en place un ensemble de mesures destinées à assurer l’avenir du pays.
Albert Toussaint avec AFP
