Dans les collines escarpées de Rubaya, la terre rouge porte les traces d’une exploitation incessante. C’est là que travaille depuis plus d’une décennie Julien Kakesa, 51 ans, père de cinq enfants, devenu creuseur de coltan presque par fatalité.
Chaque jour, il plonge ses mains dans la terre à la recherche de ce minerai stratégique, souvent surnommé « l’or gris », indispensable à la fabrication des téléphones portables et d’autres appareils électroniques.
Pourtant, malgré la valeur mondiale de ce métal, sa propre vie reste marquée par la pauvreté.
« Je donne tout pour des minerais qui valent une fortune, mais je ne peux pas nourrir ma famille », confie-t-il avec amertume.
Un territoire sous la peur
Depuis plusieurs années, le territoire de Masisi vit au rythme de l’insécurité liée à la présence de groupes armés. La situation s’est aggravée avec l’occupation de certaines zones par le mouvement rebelle Mouvement du 23 mars (M23).
Julien se souvient encore d’un épisode qui continue de le hanter. Un samedi de juin 2025, l’arrivée de Willy Ngoma, accompagné d’hommes armés, a semé la panique parmi les creuseurs.
Ce jour-là, raconte-t-il, un mineur malade nommé Théodore avait supplié qu’on lui permette de recevoir des soins. Sa demande lui aurait valu d’être battu avant d’être emmené vers une destination inconnue. Depuis, personne ne l’a revu.
Rubaya, entre richesse et tragédies humaines
Aujourd’hui, pour de nombreux habitants, Rubaya est devenu un « cimetière à ciel ouvert ». Les glissements de terrain survenus au début de l’année 2026 auraient causé des centaines de morts parmi les creuseurs.
Malgré ces drames répétés, l’extraction ne s’interrompt presque jamais. La pression économique et la présence des groupes armés maintiennent les mineurs dans un cycle d’exploitation difficile à briser.
Une génération d’enfants privée d’école
Les conséquences de cette situation dépassent largement le cadre des mines. Les enfants de Julien ne fréquentent plus l’école. Le chemin qui y mène est devenu trop dangereux.
La présence d’hommes armés et les tensions permanentes dans la région découragent de nombreuses familles d’y envoyer leurs enfants, condamnant ainsi toute une génération à grandir loin de l’éducation.
Le silence comme règle de survie
Lorsque la radio a annoncé la mort de Willy Ngoma, Julien dit avoir ressenti un bref moment d’incrédulité. Mais très vite, la réalité s’est imposée : rien n’avait vraiment changé dans les mines de Rubaya.
Le superviseur Davin Mushaga continuerait d’imposer aux creuseurs une règle simple : garder le silence.
Au cœur du Nord-Kivu, les minerais qui alimentent l’industrie technologique mondiale continuent ainsi d’être extraits dans un climat de peur et de précarité. Derrière chaque gramme de coltan, des vies restent enfouies, entre rêves brisés et dignité volée.
Daniel Massamba
