À Brazzaville comme dans le reste du pays, les bureaux de vote, qui fermeront à 19 heures, accueillent des électeurs dont beaucoup affichent un certain découragement. Si les partisans du président sortant vantent le bilan « positif » de leur « bâtisseur infatigable », une grande partie de la jeunesse s’attend à une issue jouée d’avance.
Ce sentiment est renforcé par l’appel au boycott lancé par plusieurs partis d’opposition, laissant le champ libre au candidat du Parti congolais du travail (PCT).
Le pays possède l’une des plus grandes réserves pétrolières d’Afrique subsaharienne, mais ce potentiel peine à se traduire dans le quotidien des 5,7 millions d’habitants. Le Congo fait face à une dette extérieure étouffante, atteignant 94,5 % de son PIB selon la Banque mondiale.
Sur le terrain, la déliquescence du système de santé, les pénuries d’eau chroniques et les coupures de courant incessantes contrastent avec l’opulence de la campagne électorale. Plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que le chômage frappe de plein fouet une population extrêmement jeune (47 % des Congolais ont moins de 18 ans).
Le déploiement de moyens a mis en lumière un décalage flagrant entre le président sortant et ses six concurrents, jugés de « faible poids ». Denis Sassou Nguesso est le seul candidat à avoir sillonné l’ensemble du pays. Dans la capitale, les rues sont littéralement pavées d’effigies à son image, ne laissant que peu de visibilité à ses détracteurs.
Cette hégémonie s’inscrit dans la durée. Arrivé au pouvoir en 1979, Denis Sassou Nguesso n’a quitté la présidence qu’entre 1992 et 1997, avant de revenir à la suite d’une guerre civile. En 2015, un référendum constitutionnel a supprimé les limites d’âge et de mandats, lui ouvrant la voie à une présidence à vie. Il se positionne aujourd’hui comme le troisième dirigeant africain à la plus longue longévité, derrière Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema.
L’organisation du scrutin soulève également des interrogations sur sa transparence. De nombreuses organisations de la société civile se sont vu refuser leurs accréditations pour l’observation du vote. Réduites au « système D » pour surveiller le déroulement des opérations, ces organisations craignent une élection à huis clos, loin des regards indépendants.
Alors que les résultats sont attendus dans les prochains jours, le Congo semble s’acheminer vers une reconduction du statu quo, dans une région où les dirigeants octogénaires continuent de s’accrocher fermement au pouvoir.
Tenplar Ngwadi
