La décision rendue par la Confédération Africaine de Football au sujet de la finale de la CAN 2025 continue de susciter des réactions au-delà des fédérations directement concernées. En République démocratique du Congo, plusieurs observateurs du football analysent cette affaire, notamment sur les plans réglementaire et procédural.
Pour Richard Muhima, journaliste et analyste sportif, également président de l’Association des journalistes sportifs du Congo section Nord-Kivu, la décision de la CAF repose certes sur une interprétation des textes, mais soulève des interrogations quant à son timing. « C’est une déception pour moi, parce qu’il est certes que les textes ont été interprétés (…) mais la Chambre d’Appel de la CAF a mis inutilement beaucoup de temps pour se prononcer », a-t-il déclaré.
Selon lui, la sanction aurait dû intervenir immédiatement après les faits, notamment au moment où les joueurs sénégalais ont quitté le terrain. Il estime que l’arbitre aurait pu appliquer les règlements en temps réel, ce qui n’a pas été fait. « Pourquoi attendre deux mois ou plus pour prendre une telle décision ? (…) Le timing fait défaut », s’interroge-t-il, évoquant également le fait que le match ait repris et été mené à son terme, y compris avec l’exécution du penalty accordé au Maroc.
Dans cette analyse, Richard Muhima considère que ces éléments pourraient fragiliser juridiquement la décision prise par la CAF, estimant qu’elle pourrait être contestée devant le Tribunal Arbitral du Sport.
Il souligne par ailleurs que la Fédération Royale Marocaine de Football a exercé un droit légitime en introduisant un recours, tout comme la Fédération Sénégalaise de Football est en droit de saisir les instances compétentes pour contester la décision.
De son côté, le journaliste et analyste Gaëtan Kombi évoque une certaine incohérence dans la jurisprudence de la CAF. Il rappelle notamment des précédents dans lesquels des retraits d’équipes en plein match n’ont pas conduit aux mêmes décisions. « Je trouve cette décision incohérente par rapport à deux cas qui font la jurisprudence aujourd’hui », explique-t-il.
Il cite notamment un précédent lors de la CAN 1976 impliquant le Maroc, ainsi qu’un autre cas survenu en Ligue des champions africaine en 2019, lorsque le Wydad Athletic Club s’était retiré face à l’Espérance Sportive de Tunis. Dans cette affaire, la CAF avait initialement opté pour une solution différente, avant que le Tribunal arbitral du sport ne tranche.
Pour Gaëtan Kombi, ces précédents soulignent un manque de cohérence dans l’application des règlements. Il estime également que l’arbitre central du match aurait dû, dès le moment des faits, appliquer les dispositions prévues par les textes. « L’arbitre devait prendre la décision ce soir-là (…) la CAF aurait dû se réunir en urgence si cela lui avait échappé », a-t-il ajouté.
Au regard de ces différentes analyses, la décision de la CAF continue d’alimenter le débat sur la gestion des incidents en compétition et sur la cohérence des sanctions appliquées. Le recours annoncé par la Fédération sénégalaise devant le Tribunal arbitral du sport pourrait ainsi constituer la prochaine étape dans ce dossier à fort enjeu pour le football africain.
Magloire Mutulwa
